Dans cet entretien, l’ex-vice-président à la LFP, ancien président du CABBA et ex-membre du CA, dénonce l’absence de soutien aux divisions inférieures, l’incapacité de produire des joueurs locaux et la dépendance totale aux binationaux. Pour lui, on ne peut régler la crise des Verts sans repenser toute l’organisation du football algérien, des clubs amateurs jusqu’à la sélection nationale…
Entretien réalisé par Hamid Si Ahmed
🔸Comment va le CABBA ?
Pour les deux dernières années, le club était entre de bonnes mains avec le jeune Hamza Mebarkia, que nous avons tous applaudi, au moment où il a accepté de présider le CABBA. Au bout de deux années, il est parvenu à faire accéder le club en 3e Division. Il y a eu un désamorçage, on pensait à la continuité, mais malheureusement, l’aventure s’arrête, il vient d’annoncer sa démission, il y a deux jours. Donc, le CABBA aujourd’hui se trouve encore une fois sans président et sans perspectives. Il ne reste pas beaucoup de temps pour penser au recrutement, aux problèmes administratifs et autres, pour organiser le club pour la 3e Division. On espérait que Hamza continue, mais il s’est dit dans l’incapacité. On en a parlé, je l’ai encouragé, mais malheureusement, au vu des difficultés qu’il rencontre, notamment financières, puisqu’en D3 il y aura un peu plus de finances, il est dans l’incapacité d’y répondre personnellement.
🔸Quels enseignements tirez-vous de cette saison 2025-2026 ?
En professionnel, on va d’année en année vers l’explosion de la masse salariale des clubs. Malheureusement, ça se fait par des finances publiques. Dans les classes inférieures c’est pratiquement la même chose, c’est beaucoup de dépenses, c’est beaucoup d’argent. Le malheur, c’est que l’explosion des finances n’est pas suivie par le développement du football. Il n’y a pas d’amélioration, pas de performance. C’est malheureux de le dire et de le constater, il y a effectivement une régression.
Nous avons une fédération dont la mission principale est le développement du football, mais elle ne s’occupe que de l’équipe première, l’équipe nationale, qu’on alimente par les jeunes Algériens issus de l’immigration. Donc on a trouvé que c’était pour eux la panacée, qui résout tous les problèmes, mais on ne développe pas le football national. Et nous avons les Européens, qui nous forment les joueurs.
Au final, l’équipe nationale, c’est vrai qu’elle défend les couleurs, qu’elle est représentative de la nation, mais elle ne représente pas notre football. C’est un football qui nous est venu d’ailleurs, c’est malheureux de le dire. D’année en année, on a constaté que l’arbitrage, malgré l’introduction de la VAR, continue à faire rouspéter pour ce qui est des erreurs. Pour ce qui est des stades, l’interdiction du déplacement des supporters n’a pas réglé les problèmes de la violence. Moi, je pense qu’il faut repenser le football. Il faudrait une halte pour dire : où va notre football ? Poser la problématique. S’il y a des problèmes, il faut les affronter d’ores et déjà. Il vaut mieux tard que jamais. Si ça continue comme ça, notre football régressera davantage et risque un jour de ne plus rien représenter.
🔸Quel est votre diagnostic sur les carences qui ont conduit à l’échec des Verts durant le Mondial 2026 ?
On a cru d’abord que… on croit toujours que c’est un problème d’entraîneur. Ces jours-ci, on retombe dans le même problème. Comme si pour notre football, il faut tout simplement trouver un entraîneur, et les choses vont aller au mieux. C’est faux ! Nous avons un problème, il faut revoir toute l’organisation de notre football, à commencer par l’équipe nationale, qui devrait être la vitrine de notre football, représentative de notre football. Malheureusement, ce n’est pas le cas.
Et notre football en souffre, pour la simple raison que nous ne pouvons même pas produire un joueur pour l’équipe nationale. Nous sommes en face d’un véritable problème. La FAF, quand elle a été installée, avait décliné son programme, malheureusement, nous n’avons absolument rien vu. Après deux ans et demi, ce sont les mêmes échecs que nous avons vécus auparavant.
Aujourd’hui, nous sommes en face d’une problématique, c’est l’organisation. Tout le monde nous parle de formation, mais on ne fait rien pour qu’elle puisse exister. Nous avons une fédération qui arrive, et celle qui l’a précédée a mis en place trois centres de formation. Elle ferme ces centres et opte pour une autre politique. Au final, c’est un échec aussi retentissant que celui que nous avons connu auparavant.
Maintenant, moi je dis tout simplement qu’il faut poser les véritables questions, pour trouver les véritables réponses. Les faux-fuyants, les accusations gratuites, les revanches de certains, ça ne réglera pas nos problèmes. On a besoin aujourd’hui de têtes pensantes, de compétences nationales, elles existent, elles sont un peu partout. Ouvrir le débat sur notre football. Et c’est à travers la discussion qu’on pourra éventuellement avoir un programme ou une feuille de route, que les autorités s’engageront à mettre en pratique.
Nous sommes une nation de football, ce qui nous manque, c’est une véritable organisation basée sur la science, sur des méthodologies claires, avec nos compétences nationales, pour faire évoluer notre football vers le meilleur. Si ça continue comme ça, on n’évoluera jamais. Si jamais la loi des binationaux disparaissait, on sera peut-être au même niveau que Djibouti, ou peut-être la Somalie.
🔸Que vous inspire la gestion de cette crise et quel est votre avis sur le « bras de fer » entre la FAF et le sélectionneur ?
Ça renseigne sur une chose. D’abord, il n’y a eu aucune communication. La fédération, c’est le mutisme total. Du 3 juillet jusqu’à la séparation à l’amiable, il n’y a eu aucune communication. Ils communiquent par fuite, et la fuite, c’est connu, c’est quelques personnes. Entre parenthèses, des journalistes proches, c’est eux qui ont alimenté les débats ou les controverses, sur les plateaux ou sur les journaux. C’est malheureux de le dire. Notamment la déclaration de la journaliste de « Compétition » qui avait annoncé le départ de Petkovic, et l’arrivée de Antar Yahia. Elle ne parlait pas au conditionnel, mais était plutôt affirmative. À partir de là, on a commencé à en débattre par fuite. Il paraît que,.., ils ont dit que…, la fédération a proposé à Petkovic…, Petkovic a refusé… Pour moi, c’était un débat malsain, parce que la véritable question, c’était pourquoi l’avoir prolongé à deux jours du Mondial, alors que le contrat courait jusqu’au 31 juillet. Pourquoi ne pas avoir pris le temps nécessaire et voir comment allait se passer le Mondial, et avoir cette chance de mieux évaluer. Pourquoi ne pas avoir informé la Commission technique, pour évaluer justement le travail de Petkovic. La CAN, notamment le match du Nigeria, pour beaucoup de techniciens, c’était un signal d’alerte, qu’au final, on avait une équipe perdue avec un visage terne.
Et certains journalistes propagandistes, pour un agenda bien précis, dont les contours sont connus, continuent à dire que Petkovic est l’un des meilleurs entraîneurs qu’a connus l’Algérie dans les trente dernières années. Je me pose alors la question, pourquoi avoir rompu son contrat ? Ils en veulent au peuple d’avoir dénoncé les pratiques de Petkovic, qui n’a jamais respecté son contrat, à commencer par les 21 jours qu’il devait passer en Algérie.
🔸Quels profils, local ou étranger, devrait, selon vous, être privilégiés pour ce nouveau cycle ?
Moi, je ne privilégie rien. Si j’ai des remarques à faire, c’est que l’on n’a pas un seul technicien algérien parmi les huit étrangers choisis ! Et d’un, et de deux, les gens pensent qu’un entraîneur c’est juste le côté technique. Un entraîneur, c’est un tout. En dehors du terrain, il y a une communication, une relation, un groupe qui se crée. Est-ce qu’on n’est pas en train de tomber dans le même piège que celui de Petkovic. Certains joueurs n’en veulent plus, pour la simple raison qu’il ne sait même pas communiquer.
Nous avons constaté que depuis son arrivée, notre grinta a disparu, carrément disparu. Avec Felix Sanchez, je pense que nous allons retomber dans les mêmes problèmes. Pourquoi lui, qui a passé toute sa vie au Qatar. Pour moi, le Qatar, ce n’est pas un modèle. Moi, je soupçonne quelque part qu’il y a quelqu’un qui manipule derrière les rideaux, qui est établi au Qatar.
🔸Le mot de la fin…
Pour terminer, je souhaite du fond du cœur à nos clubs qui sont retenus pour les compétitions continentales, le MCA, CRB, Saoura et l’USMA, un bon parcours. Un groupe difficile pour Saoura, contre Horoya et Al Merrikh, une formalité pour le MCA, quant à l’USMA et le CRB, ils nous ont habitués à aller loin.
Souhaitons-leur le meilleur.
H. S-A.
