Diplômée de l’IEPS d’Alger, spécialité foot et natation, et de l’école de télévision, radio et presse écrite « Oxygène Académie », Sarah Derbal a pratiqué le volley, avant de se reconvertir en footballeuse. En 2019, elle est convoquée en équipe nationale de Beach soccer, pour participer à la première édition des jeux de plage, au Cap Vert.
Mais depuis son jeune âge, son rêve, en réalité, c’est de devenir journaliste sportive. Vœux exaucé !
Elle fait ses premiers pas à El Djazairia One, en stage pratique d’un mois, où elle croise un certain Mustapha Ouail, avec qui elle nous dit « avoir énormément appris ». De retour du Cap Vert, elle intègre le monde de la télévision, en septembre 2019, à Canal Algérie, où elle nous dit « avoir trouvé tout son bonheur ».
Depuis, elle enchaîne les JT sport, émissions, chroniques, reportages, documentaires et couvertures. Dans cet entretien, l’heureuse maman se livre à Info Sport, sur sa passion et ses émotions, la place de la femme algérienne dans le sport, et comment elle a tracé son chemin dans ce métier, si passionnant et exceptionnel. .
Cela fait presque cinq ans que vous êtes à Canal Algérie, et on voit bien à l’écran que vous vous êtes imposé et avez progressé. Dites-nous comment avez-vous réussi à tirer votre épingle du jeu ?
Je ressens cette évolution, c’est vrai, mais je ressens en même temps que je dois évoluer plus que ça. Le secret selon moi, c’est d’être passionné, aimer ce métier, aimer le sport également. Le journalisme et le sport sont deux mondes remplis d’obstacles et de difficultés, donc, il faut aussi être courageux pour pouvoir surmonter toutes ces difficultés, et aller de l’avant.
Pour un jeune qui souhaiterait devenir journaliste, quelle est, selon vous, la meilleure manière de se montrer ?
C’est de croire en ses rêves et aimer ce qu’il fait. De cette manière, il finira par réussir. Ne pas faire ça, uniquement pour être connu, ou juste pour rencontrer des personnalités. Le faire par amour. C’est la base de la réussite.
À travers votre métier, sentez-vous la responsabilité de mettre en avant le sport féminin ?‘
Il est de ma responsabilité de le faire connaître. D’ailleurs, j’ai toujours travaillé avec des femmes et mis en avant le sport féminin. Soixante-dix pour cent de mes reportages et portraits ont été consacrés au sport féminin et aux sportives algériennes. Je veux montrer aux Algériens et au monde entier, que nos femmes sont capables de monter très haut et d’honorer l’emblème national. Nos sportives sont courageuses, elles sont exceptionnelles !
Pour ce qui est du football féminin, je dirais qu’il manque de moyens, même si ces dernières années on y accorde plus d’importance. On a vraiment des filles talentueuses, qui aiment le football, qui savent jouer au foot, mais elles n’ont pas les mêmes moyens que les garçons.
On parle souvent de la place des femmes algérienne dans le sport, qu’en est-il de leur place dans les médias sportifs ?
Je pense qu’on est, de nos jours, sur le même pied d’égalité avec nos confrères, et la journaliste algérienne est parvenue à couvrir toutes les disciplines, sans difficultés. C’est vrai qu’il y a des contraintes, mais c’est les mêmes que les hommes. Je pense que la femme algérienne a entièrement sa place dans ce domaine-là. Dans tous les domaines d’ailleurs…
Parmi les personnalités que vous avez interviewées, quelles sont celles qui vous ont le plus marqué ?
Elles m’ont toutes marqué et laissé une petite trace en moi. Mais celle qui a laissé la plus grande marque, c’est Imen Khelif. Son histoire est tellement émouvante, elle m’a touché au plus profond de moi. Et là, on voit la beauté de ce métier, on rencontre des personnes incroyables, on a cette chance-là d’écouter leur histoire.
Citez-nous les sportives algériennes qui vous ont le plus impressionné ?
Il y en a tellement ! Celle que j’aime beaucoup, qui a réussi à écrire une page de l’histoire du sport féminin algérien, c’est l’escrimeuse Saoussen Boudiaf. C’est l’une de mes athlètes préférées, je l’adore ! J’admire aussi les judokates Salima Souakri, Soraya Haddad et Chérine Abdellaoui. Les boxeuses Imen Khelif et Roumaysa Boualem, la gymnaste Kaylia Nemour, les athlètes Hassiba Boulmerka et Nouria Benida-Merah, la karatéka Manal Kamilia Hadj Saïd, la footballeuse Radia Fertoul et les triathlètes Kahina Mebarki, Imene Maldji et Saïda Younsi, une triathlète de 70 ans, une femme très courageuse !
Sans oublier Mounia Ferni, la présidente de la Ligue algéroise de triathlon, et Feriel Chouiten, la vice-présidente de la Fédération algérienne de triathlon et responsable de la Commission médicale du Comité olympique. Le triathlon, c’est la discipline que je préfère le plus.
La femme sportive algérienne m’impressionne, elle a tellement donné pour le sport algérien, même celles qui n’ont pas remporté de médailles et qui n’ont jamais réalisé d’exploits.
Le journaliste sportif algérien travaille dans des conditions difficiles. Vous partagez cet avis ?
Certes, à la télévision algérienne, on a peut-être plus de stabilité, on est très bien encadrés, mais les conditions de travail restent très difficiles. Cependant, il le faut bien, pour qu’on puisse se surpasser et réussir. Si c’était si facile que ça, tout le monde aurait pu réussir. C’est un métier fait pour les guerriers !
Si vous aviez une machine à remonter le temps, à quel match auriez-vous désiré assister ?
Ce serait le 23 mai 2007, le jour du match AC Milan-Liverpool, qui restera gravé dans l’histoire. J’aurais vraiment aimé être là pour assister à cette belle consécration. C’est la dernière Ligue des champions que Milan a remporté, mon club de cœur. Ou carrément vivre à Sans Siro, pour voir tous les matchs du Milan AC !
Recueillir les réactions des athlètes est un exercice particulier. Ça vous parle ?
Moi, j’adore le faire à chaud, interviewer l’athlète dès qu’il franchit la ligne d’arrivée, où dès qu’il termine un combat, ou un match. C’est un exercice très difficile, mais pour moi, c’est la meilleure chose dans ce métier. Interviewer ces acteurs-là, être très proche d’eux, dans leur moment de bonheur et de déception. Ces athlètes font de nous ce que nous sommes aujourd’hui.
Vous êtes la première journaliste algérienne à avoir commenté un match de Ligue 1. Vous rappelez-vous de votre couverture du match USMA – JSMS ?
C’était le jour où j’ai eu le plus peur, je n’ai pas pu dormir la veille du match. Commenter un match de Ligue 1, qui passe uniquement sur Canal, ce n’était pas évident. Je savais qu’il y avait des milliers de spectateurs qui allaient nous voir, surtout qu’on était en période de Covid. Mais en réalité, cette peur était ma meilleure amie durant cette rencontre. Grâce à cette peur, j’ai réussi cet exercice, on va dire à 20%, C’était pour moi un exploit !
Que pensez-vous du niveau de nos joueurs locaux ?
Je pense qu’il est plutôt bon, on va dire. Certes, l’Algérie a formé de grands joueurs, mais c’est plus le talent qu’autre chose. Car il y a un manque au niveau de la formation, et là, le Paradou fait exception. Si on portait plus d’intérêt à la formation, on aurait, peut-être, de meilleurs footballeurs. C’est vrai que le talent compte beaucoup, mais…
À vous le mot de la fin…
Rares sont les journaux qui traitent les disciplines, autres que le football. Info Sport est à féliciter, sur ce plan-là. Grâce à Djamel Touafek, on est toujours informé sur le contenu du journal, que j’estime très crédible, vu les personnes qui travaillent au sein de la rédaction. Toutes des personnes professionnelles ! D’ailleurs, dans mes sujets, je m’inspire beaucoup d’Info Sport !
Entretien réalisé par Nasser Souidi
