La Fédération algérienne de football a annoncé, il y a quelques semaines maintenant, que la CNRL (Commission nationale des règlements des litiges) ne prendrait plus en charge les dossiers des litiges concernant le football amateur. En soi, cette décision est irréfléchie, elle a été décidée sans concertation ni aucune assise juridique. Elle a été prise comme ça, juste pour dire, au niveau du BF, qu’on est en train de travailler, en voici la preuve.
Par Mustapha Ouaïl
Ainsi donc, par cette décision inique qui satisfait et fait l’affaire des présidents de club – parce que c’est eux qui voteront lors de l’AG – est venue saper des années de labeurs de certains acteurs sur le terrain, que sont les joueurs et autres, entraîneurs et différents membres des staffs d’un club. Tout ce beau monde se retrouve, malheureusement, sur le carreau au niveau de la FAF et donc du BF. Personne n’a pensé à eux. On n’y pense même pas, parce que leurs voix ne comptent pas. Force est de le dire et de le dénoncer aujourd’hui.
Ce qu’il y a lieu de dire en premier lieu sur cette décision c’est qu’elle reflète une certaine hypocrisie. Oui, il y a une hypocrisie et on la ressent dès lors qu’on prend connaissance de la réglementation régissant ce football «dit amateur». En parcourant le règlement de la FAF, celle-là même qui vient de dénier aux acteurs du football amateur leur droit de se défendre, on apprend que : Titre 1, Chapitre 3 – le joueur. Article 12 : Statut du joueur amateur
«Est réputé amateur le joueur qui, pour toute participation au football organisé, ne perçoit pas une indemnité supérieure au montant des frais effectifs qu’il dépense dans l’exercice de cette activité.»
Là, la question fuse d’elle-même. Monsieur le président de la FAF, Messieurs du Bureau fédéral, en votre âme et conscience, répondez : ‘‘Vous connaissez un footballeur, un entraîneur d’un club dit amateur (on parle là exclusivement de ceux de la Ligue 2) qui ne perçoit pas une indemnité supérieure au montant des frais effectifs qu’il dépense dans l’exercice de cette activité ?». Répondez sincèrement et honnêtement parce que nous, nous connaissons la réponse et c’est non. Aucun club des deux groupes de cette division dite maladroitement et, surtout, hypocritement, de football amateur, ne l’est en réalité. Ces clubs rémunèrent leurs joueurs et leurs entraîneurs, dix fois plus (quand ce n’est pas vingt fois plus) que le montant des frais effectif qu’ils dépensent dans l’exercice de leur activité. On le sait tous. Alors pourquoi priver ces footballeurs de leurs droits ?
« Allez vous plaindre dans un tribunal civil »
Tout dernièrement, un entraîneur, un des plus chevronnés, un des plus anciens techniciens du pays encore en exercice s’est vu refuser son dossier auprès de la CNRL au motif qu’il est dans un club amateur. Inique décision qui prive cet entraîneur de neuf mois de salaire. Au nom de quoi ?
Au nom de la solidarité entre présidents de club. Celle-ci se résume ainsi : je te déleste de ce problème, vote pour moi lors de la prochaine AG. Mesquine décision ! En plus, cet entraîneur, comme tous ses pairs d’ailleurs, c’est la DTN (Direction technique nationale) qui lui donne la licence pour exercer. Un non-sens, à la limite de la débilité. La DTN (qui est une structure de la FAF), vous donne une licence pour aller travailler, vous êtes hyper motivé, vous prenez un club de la Ligue 2, au bout d’une année, vous ne percevez aucun sou, parce que vous êtes tombé sur un président-escroc. Alors, vous vous rapprochez de la CNRL (une autre structure de la FAF) et là on vous apprend que vous n’avez pas le droit de vous plaindre au motif que vous êtes un entraîneur d’un club amateur (qui en réalité ne l’est pas, que l’on s’entende bien). Bon, on n’ira pas jusqu’à dire que c’est là une escroquerie en bande organisée, mais nous n’en sommes pas loin.
Le comble dans tout cela c’est que ces footballeurs et ces entraîneurs, dans leur désarroi, quand ils vont se plaindre au TAS, ultime recours, on leur dit : «Saisissez un tribunal civil !»
Pourtant, les statuts de la FAF sont clairs à ce sujet. Dans son chapitre H. Article 67, il est dit :
«67.1. Les membres de la FAF, les ligues et leurs membres, les clubs et leurs membres, les officiels, les joueurs, les agents de joueurs et de matches s’engagent à soumettre leurs litiges exclusivement aux juridictions de la FAF, de la CAF et de la FIFA.
67.2. Les membres de la FAF, ligues et membres, clubs et membres de clubs qui contestent les décisions d’organes fédéraux sont tenus d’épuiser tous les moyens de recours existant au sein de FAF.»
Il est bien dit : «Les ligues et leurs membres, les clubs et leurs membres, les officiels, les joueurs, les agents de joueurs et de matches s’engagent à soumettre leurs litiges exclusivement aux juridictions de la FAF, de la CAF et de la FIFA.» Comment peut-on alors dire à ces joueurs et entraîneurs qui se plaignent de nombreux salaires impayés de porter «ces affaires devant une juridiction civile» ? Au nom de quoi ?!
M. O.
