20 mai 2026

«Le NAHD navigue à vue avec des parachutés qui ne connaissent rien au football»

Il est une des icônes des Sang et Or, formé au Nasria depuis la catégorie minime. Ali Bendebka, l’ex-international husseindéen, c’est de lui qu’il s’agit. De son expérience sur le banc du CRB Djamaâ aux crises à répétition qui secouent le NA Hussein-Dey, l’ancien chouchou du Zioui, livre une analyse sans concession sur le marasme actuel de son club de cœur. Entre le boycott des seniors, le projet fantôme de la direction et le rêve d’un retour de Meziane Ighil, Bendebka dit ses vérités. Sans langue de bois. Sans filtre aussi

Entretien réalisé par Omar Yahiaoui

Vous avez entamé la saison sur le banc du CRB Djamaâ (wilaya d’El Meghair). Quel bilan tirez-vous de cette aventure?

En réalité, j’ai dû mettre fin à mes fonctions au mois de Ramadhan dernier. Je n’ai pas pu aller au bout de la saison en raison de nombreux problèmes internes qui ont sérieusement entravé la progression de l’équipe. Cela dit, je ne regrette rien. Bien au contraire, je considère que ce fut une expérience extrêmement enrichissante sur le plan personnel. Malgré un contexte pesant, j’ai laissé le club à une honorable huitième place. Ce genre d’immersion dans des contextes difficiles me permet de m’aguerrir et de parfaire mes compétences, après avoir déjà dirigé les jeunes catégories au NAHD, entraîné le WA Rouiba, ou encore occupé des fonctions de dirigeant au sein du Nasria. Chaque étape compte dans mon parcours.

Justement, de près ou de loin, avez-vous continué à suivre les péripéties de votre club de cœur, cette saison ?

Pour moi, le NAHD restera à tout jamais mon club de cœur. C’est viscéral, je suivrai cette équipe jusqu’à mon dernier souffle, peu importe où je me trouve. Alors oui, j’ai scruté de très près l’actualité des Sang et Or cette année encore, et je ne vous cache pas mon immense désolation. Voir que le club a échoué, une nouvelle fois, à composter son billet d’accession pour retrouver sa place naturelle en Ligue 1, cela me fait profondément mal au cœur.

Cette saison a d’ailleurs été marquée par un événement inédit et dramatique : le boycott massif des joueurs seniors, obligeant le club à terminer le championnat avec l’équipe des U20. Quel regard portez-vous sur cette crise ?

C’est un spectacle désolant, c’est vrai. Mais si vous voulez mon avis profond, cela ne me choque même pas. Pourquoi ? Parce que c’est la conséquence directe d’une perte d’identité. Je ne cesserai jamais de militer pour que l’ossature de l’équipe première soit encadrée par au moins sept joueurs du cru, formés à l’école du Nasria. Regardez à notre époque : les Gana, Alliche, Zarabi, les frères Toual, Benlouahem, Meghraoui et moi-même, nous étions tous des enfants du club.

Ce n’est pas du régionalisme mal placé, ni une quelconque forme de dumping, loin de là ! C’est une question de survie institutionnelle. Quand vous avez des enfants du club sur le terrain, ils protègent l’institution et font rempart contre ce genre de dérives et de grèves. Le NAHD ne peut plus se permettre d’être laissé à la solde du premier aventurier venu.

Le NAHD a raté l’accession et n’a même pas réussi à accrocher le podium pour disputer les play-offs. Vous attendiez-vous à un tel naufrage ?

Soyons réalistes, on ne peut pas bâtir des succès sans feuille de route ni stratégie claire. Le football de haut niveau exige d’être géré par des gens du domaine, des techniciens, des connaisseurs. Pas par des personnes parachutées qui ignorent tout des réalités du football. Regardez autour de nous, tous les autres clubs algériens s’efforcent d’être encadrés par des structures professionnelles et des hommes compétents. Sauf au Nasria ! Ici, on navigue à vue, on fonctionne au jour le jour, avec des dirigeants qui ne connaissent absolument rien aux exigences du jeu à onze. Le résultat sur le terrain n’est que le miroir de cette gestion chaotique.

Dans l’entourage du club, le nom de Meziane Ighil circule avec insistance pour reprendre les commandes managériales. Est-ce l’homme de la situation ?

Ce serait, et de loin, le meilleur scénario possible pour le Nasria ! Meziane Ighil n’est plus à présenter, son nom pèse lourd dans le paysage footballistique national. Son retour ne pourrait faire que du bien à un club husseindéen en perte totale de repères. J’ai eu la chance et le privilège de travailler sous sa coupe à l’époque où le club était parrainé par le groupe Khalifa. Je peux vous affirmer que c’était l’une des plus belles périodes de l’histoire du NAHD. Nous jouions systématiquement les premiers rôles en championnat et nous représentions fièrement l’Algérie sur la scène internationale, que ce soit en Coupe d’Afrique ou en Coupe Arabe.

Beaucoup de supporters réclament votre retour aux affaires pour apporter votre expérience, notamment dans un rôle de dirigeant. Seriez-vous prêt à franchir le pas et revenir au chevet du NAHD ?

Je vais être très clair là-dessus : je ne reviendrai que s’il y a un projet sérieux, structuré et ambitieux. Je ne reviendrai pas à n’importe quel prix, juste pour faire de la figuration. J’ai déjà donné. Il y a deux saisons de cela, ils ont voulu se servir de mon nom et de celui de AthmaneToual comme d’un simple pare-chocs. Ils voulaient juste nous instrumentaliser pour calmer la colère légitime des supporters et s’acheter une paix sociale. C’est terminé, on ne m’y reprendra plus. Aujourd’hui, ma porte est ouverte, mais uniquement s’il existe une réelle volonté d’aller de l’avant avec un projet réfléchi sur le long terme. Le NAHD mérite tellement mieux que du bricolage.

O. Y.

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