Formé au Mouloudia, Mounir Dob s’est fait un nom au Chabab, avant de connaître ses moments de gloire à la JSK. Passé par Batna, Kouba, Boufarik et Constantine, l’attaquant volant est passé par toutes les sélections nationales, il a même joué en équipe A sous la coupe de BoualemCharef. Même si aujourd’hui, c’est en qualité d’entraîneur qu’il s’exprime, certes, mais son parcours glorieux sur le terrain nous interpelle toujours. Mounir est l’ainé d’une fratrie de sportifs, puisque son frère Fodil a eu lui aussi une carrière bien remplie, tout comme leur sœur handballeuse aux qualités immenses. Lucide, comme il l’a toujours été, Mounir Dob porte un regard lumineux sur le football. L’homme sait de quoi il parle.
Entretien réalisé par Nasser Souidi
C’est la saison du Mouloudia, enfin ! Le club revient de loin…
Dans le sport en général, la clé de la réussite c’est bien la stabilité. Durant ces deux dernières années, on a construit l’ossature de l’équipe, le staff technique a été maintenu, ils ont fait un bon recrutement. Tout ça a permis au Mouloudia de revenir sur le devant de la scène. Hadj Redjem est venu avec une volonté, il voulait faire plaisir aux supporters…mais il n’a pas réussi. Maintenant, tu sens qu’il a gagné en expérience et a appris de ses erreurs. Il est sur la bonne voie.
A quoi attribuez-vous les échecs précédents du MCA ?
Les perturbateurs…certains ne voulaient pas du bien au Mouloudia…mais aujourd’hui, tu sens qu’il y a une stabilité dans tous les compartiments. Même les supporters ont eux aussi gagné en maturité, ils sont entièrement conscients. La réussite, ce n’est pas uniquement les joueurs, c’est un tout.
Reste à espérer que cette maturité va inspirer les galeries des autres clubs…
Je pense que c’est déjà le cas. Ça se ressent dans certains grands clubs, qui ont également un grand public. J’espère que cette conscience va se propager dans toutes les tribunes.
Que représente pour vous le Mouloudia ?
C’est le Mouloudia qui m’a formé…une formation de qualité, des entraîneurs compétents, il y avait une politique, une stratégie dans le travail…du temps du DTS Kamel Lemoui (Allah Yarrahmou)…les Madjid Oudina, Rabah Ghrib. Mais mon mentor, c’est bien Mustapha Biskri…il faisait des merveilles avec les jeunes ! Je me rappelle de la glorieuse équipe des Bencheikh, Bachta, Betrouni…à 17 ans, j’étais déjà en senior…A 18 ans, Ali Fergani m’a lancé contre le CRB…je n’oublierais jamais…j’ai fait un grand match !
Après le MCA, vous avez rejoint le CRB, avec qui vous avez gagné la coupe d’Algérie et la Supercoupe d’Algérie, des moments forts de votre carrière…
Et précisons-le, dans les deux coupes, c’est moi qui ai marqué les buts de la victoire.
A quoi attribuez-vous le parcours en dents de scie du CRB cette saison ?
Il y a ce qu’on appelle la courbe. Comme dans la vie, il y a des hauts et des bas. Gagner quatre championnats de suite, ce n’est pas évident…et, de là, les supporters ont réclamé la Ligue des champions…puis on est allé trop vite et fait dans la précipitation.
Justement, qu’est-ce qui a manqué au CRB au niveau africain ?
Quand on a la meilleure équipe d’Algérie, c’est difficile d’évaluer un entraîneur, et c’est au niveau africain que tu te rends compte que ce n’est pas le coach qu’il fallait. Les quatre entraîneurs du CRB ont tous remporté le championnat, mais ils ont tous échoué en Afrique. Aussi, n’oublions pas que le CRB a perdu des pièces maîtresses, comme Sayoud et Draoui. Le milieu de terrain, c’était la force du CRB. Ils ont ramené Darfelou, M’Bolhi et Guedioura, mais ça n’a pas marché. Et…Van den Broeck n’a pas su gérer son effectif…conflits dans le vestiaire…la pression des supporters…
Que retenez-vous de votre passage au Chabab ?
Un grand club que je respecte beaucoup, c’est là-bas que je me suis fait un nom, les titres, mes premiers buts… Après seulement quinze jours, je suis titulaire à Tizi, contre la JSK, à 19 ans…je me retrouve entre une armada…les Kabrane, Djahmoune, Neggazi, Bekhti, Ali Moussa, Khodjaetc, des stars, j’allais même dire monstres des terrains… j’étais titulaire parmi de grands joueurs, ça fait une impression étrange, un truc de dingue, tu es là parmi ces hommes qui savent tout faire avec un ballon. Toi tu arrives, tu es là et tu as une place parmi eux, c’est magique, c’est tout simplement magique quoi ! et puis à 21 ans, tu remportes la coupe d’Algérie, et tu marques le but de la victoire…Y a pas photo dans l’histoire…cette période restera gravée dans ma mémoire.
La JSK, ce club où vous avez remporté des titres prestigieux, a connu des périodes difficiles…
Le club est instable depuis treize ans…son dernier titre remonte à 2011. Hannachi (Allah yarahmou) faisait des recrutements bien étudiés, le club était géré selon une politique et des traditions. Gagner trois coupes d’Afrique d’affilée, il faut le faire ! Chacun faisait son travail et assumait ses responsabilités…le soutien du public…la force de la JSK, c’était son ossature. Quand je suis arrivé à la JSK, l’équipe avait huit titulaires indiscutables. C’était une équipe avec une aura extraordinaire
Je suis revenu quelques années plus tard en tant qu’entraîneur, avec Stambouli et Souiyah, c’est à ce moment-là que j’ai réalisé que le problème de la JSK était profond. Les divisions,même au sein des supporters…mais avec Mobilis, le club s’est stabilisé financièrement. La question qui se pose maintenantest : seront-ils capables de monter une grande équipe ? La JSK, il lui faut un manager compétent, un bon entraîneur et les profils de joueurs qui conviendront à sa stratégie.
Qu’évoque pour vous la JSK ?
S’il y a bien quelque chose que je n’oublierai jamais à la JSK, c’est ses supporters. Ils m’ont toujours soutenu, ils ne m’ont jamais oublié, même dans les moments difficiles. Un public reconnaissant, respectable. Inch’Allah, la JSK retrouvera son meilleur niveau.
Parlez-nous des clubs que vous avez entraînés et de vos ambitions futures…
J’ai travaillé à la JSK, au WAB, (3e et 2e division), trois saisons à Khemis Miliana, avec les espoirs du Mouloudia, à Lakhdaria, à Sour Ghozlane, une accession avec l’IRB Berhoum, une accession avec Hadjout…à la JSD…je pense que j’en ai oublié quelques-uns. En tout, j’entraîne depuis treize (13) ans. Cette saison, j’étais à Hydra, mais j’ai quitté. Vous savez, la vie d’un entraîneur on ne peut pas la contrôler c’est une question de destin. C’est une question de chance, aussi chaque année j’ai des offres, je travaille, je suis dans le domaine. On ne sait pas vraiment de quoi sera fait l’avenir, qui sait ? peut-être que j’aurais une belle opportunité…
« Au Mouloudia, Mustapha Biskri était mon mentor. Il faisait des merveilles avec les jeunes »
« Le CRB a perdu Sayoud et Draoui, et avec Darfelou, M’Bolhi et Guedioura, ça n’a pas marché. Van den Broeck n’a pas su gérer son effectif »
« Du temps de Hannachi, le recrutement était étudié, le club était géré selon une politique, il avait ses traditions »
« S’il y a bien une chose que je n’oublierais jamais à la JSK, c’est ses supporters »
Un parcours très honorable !
Sans me vanter…c’est moi qui ai lancé Amoura en senior, quand j’étais à Jijel, il avait 17 ans et demi…aujourd’hui, c’est un international et un des meilleurs buteurs en Europe. Il y a d’autres joueurs…c’est toujours une satisfaction de lancer des joueurs, comme on nous a lancé quand on était jeunes. Une chose est sûre, j’ai un savoir, un vécu à partager avec les nouvelles générations. Ma satisfaction, elle est là.
Que pensez-vous du championnat national, actuellement ?
Franchement, le niveau commence à s’améliorer, tu sens vraiment qu’il y a un travail qui se fait. On le voit dans des clubs comme le MCA, le CSC, le CRB et l’USMA. A un degré moindre l’ESS…qui va revenir inch’Allah, comme la JSK va aussi revenir. Le retour du Mouloudia a créé une certaine rivalité, et c’est tant mieux pour notre football ! Les clubs sont de plus en plus exigeants…je suis optimiste, d’ici deux à trois ans, notre championnat sera meilleur, et le niveau aussi.
Êtes-vous optimiste pour l’avenir de l’équipe nationale ?
Le nouveau sélectionneur a un CV, un parcours et des résultats. Il n’est pas venu de nulle part, il a laissé son empreinte en Suisse. Il est en train de reconstruire…on a vu que beaucoup de jeunes ont été incorporés, il ne connaît pas encore bien son effectif, il n’a joué que deux matchs amicaux, il y a de bons points quand-même. Mais il faudra du temps, il faudra y aller doucement et être patient. Le sélectionneur a sa propre méthode de travail et sa propre stratégie, inch’Allah les ingrédients seront en sa faveur pour qu’il puisse faire du bon travail.
On nous a dit que vous êtes un fidèle lecteur d’Info Sport…en voilà une bonne nouvelle !
(Rires.)…Déjà, ça m’a fait plaisir de revoir Mustapha Ouail l’autre jour, un ancien dans la profession, et très compétent ! Avant même que le journal ne sorte, je consulte votre une et la dernière page, sur les réseaux sociaux. Il y a même des pages de clubs qui font des partages. Ça prouve que vous faites du bon boulot. Bon courage et bonne continuation !