Mi-mai 2025, Kaylia Nemour rejoint le club de Dijon et fait ses «nouveaux» débuts avec sa nouvelle entraineure, Nadia Massé, cette ancienne coach de l’équipe de France junior, figure de proue de la gymnastique française qui a passé sa carrière à demeure inlassablement très proche des gymnastes

Pour Nadia Massé, la performance dépasse l’aspect technique. La performance a une grande place dans la dimension de la gestion humaine.
Née d’un père algérien et d’une mère espagnole, Nadia adore son pays, tout comme Kaylia d’ailleurs. Elle personnifie une clairvoyance de ce sport qu’elle aime tant et va jusqu’à joindre le vestibule d’un dessein. Et l’exemple le plus frais demeure la victoire de notre championne Kaylia Nemour à Jakarta sur la plus haute marche du podium. En optant pour Nadia Massé, Kaylia Nemour a tapé dans le mille puisqu’elle vient de dénicher son cicérone pour voler comme une colombe aux quatre coins du monde.
Nous avons contacté Nadia Massé, cette Algérienne originaire d’Oran et dans une humilité plus que parfaite, elle nous a accordé cet entretien.
Entretien réalisé par Saïd Lacète
Paris, Tachkent et Djakarta, une pérégrination rocambolesque émaillée de belles médailles d’or pour Kaylia. Que ressentez-vous aujourd’hui ?
C’est tout un cocktail d’émotions qui m’envahit. Un mélange qui signifie à la fois que c’est la fin de la préparation, et là, il y a un côté nostalgique, et c’est à la fois, le début d’une aventure. Néanmoins, le plus gros sentiment, c’est la satisfaction. C’est vrai que nous avons mis en place une stratégie et comme toutes les stratégies, on ne peut être sûr si c’est la bonne même si je connaissais Kaylia quand j’étais chorégraphe. C’est pratiquement un autre métier d’être son entraineure principale. Toutes les personnes qui connaissent le haut niveau savent à quel point qu’à 5 mois d’une échéance, ça représentait une prise de risque mais je pense que la réussite vient du fait que c’était son choix. Kaylia s’est investie à mille pour cent dans cette préparation et je suis très contente pour elle qu’elle ait pu concrétiser ses deux médailles et une quatrième place au concours général. Bien évidemment, le podium était accessible mais il y a encore du travail à faire. Nous sommes très motivées car il y aura plusieurs étapes pour la suite.
Mi-mai 2025, vous devenez entraineure de Kaylia. Mission délicate pour vous quand on sait que vous coachez une championne olympique…
Oui, depuis mi-mai je suis l’entraineure principale de Kaylia. Vous savez, j’ai conscience réellement des enjeux sportifs, politiques, économiques que ça représente, mais je ne me mets pas la pression dans le sens où c’est elle qui m’a demandé de l’entrainer. Donc, c’est son choix, j’ai accepté et comme je suis une grosse travailleuse, je me suis carrément investie et j’essaie de mettre au service de son projet mes compétences, mes expériences. Dans sa vie quotidienne, Kaylia est une personne simple et humble et je n’ai pas l’impression d’entrainer une star mais une gymnaste de très haut niveau. Ce que j’aime dans ma mission, c’est la belle gymnastique, la précision, et c’est un vrai bonheur de pouvoir entrainer une gymnaste capable de répondre à ces exigences-là. C’est vraiment du plaisir et un honneur pour moi de l’accompagner dans son projet.
A quel moment vous avez senti que Kaylia allait décrocher l’or aux barres asymétriques à Djakarta ?
Elle était prête pour réussir son mouvement. Elle a de l’expérience et a beaucoup répété pendant sa préparation des JO. Kaylia n’a plus refait le mouvement en compétition depuis les JO de Paris et au cours de l’année post-olympique. Au mois de mai, quand on a débuté ensemble, il a fallu reprendre tout le travail pour pouvoir le présenter aux championnats du monde. Elle a un gros bagage technique et une grosse expérience. Après, on ne sait jamais son mouvement aux barres asymétriques, c’est là que tous les éléments sont liés et que, du coup, une petite erreur technique peut venir perturber l’enchainement de ces éléments. Jamais rien n’est acquis, jamais rien n’est fait tant qu’elle n’est pas arrivée à la sortie. Elle était déçue lors du concours général mais le lendemain, c’est-à-dire, le jour de la finale, elle m’a dit : «Aujourd’hui, je vais réussir». Je savais qu’elle était très déterminée et j’avais totalement confiance en elle. Techniquement, elle était prête et, après, c’est le mental qui entre en jeu, réussir à se concentrer, gérer la pression mais Kaylia avait un point d’avance lors des qualifications. Cela lui a permis d’amoindrir son stress par rapport aux JO de Paris où il y avait la Chinoise qui était une gymnaste de très haut niveau. Ce jour-là, Kaylia avait une très grande détermination pour réussir.
Elle était comment Kaylia à quelques secondes de son passage lors du concours des barres asymétriques ?
Elle a jeté un regard vers moi comme si elle cherchait un support. Kaylia, d’une manière générale, est très stressée, elle se met dans sa bulle mais on voit son visage qui reflète une très grande détermination. Elle était assez confiante et elle avait vraiment envie de réussir. Elle a fait un mouvement plus que parfait
Son mouvement est composé de plusieurs éléments dont le Nemour et la particularité de Kaylia c’est que son mouvement est composé de liaisons.
C’est-à-dire que les difficultés s’enchaînent et il y a des bonus. Cela demande une extrême précision pour pouvoir réaliser ces liaisons.
Et cette médaille d’argent qui est venue compléter le joli travail, parlez-nous en un peu….
Il n’y a aucun regret pour cette médaille d’argent à la poutre parce que c’est sa place. La Chinoise a fait une magnifique poutre et ça fait plaisir aux yeux de voir la belle gymnastique. C’est avec beaucoup de respect et de légitimité en fait qu’elle a accueilli cette médaille d’argent. C’est beaucoup de travail sur le rythme, sur le côté artistique le fait d’enchainer et surtout d’appréhender la poutre d’une manière différente. Elle a déjà gagné des coupes du monde, mais le niveau était un peu moins élevé donc moins de stress, moins de pression et la poutre, c’est vraiment un agrès qui se joue au mental sur la gestion des émotions. Les filles ont tellement peur de tomber et du coup, elles ne s‘expriment pas pleinement de peur de chuter. On a travaillé sur l’approche de la poutre en compétition et, en Italie, elle a fait un pas en avant et là, elle a concrétisé le travail effectué et on est très contentes de cette médaille d’argent.
Quels sont les objectifs en 2026 ?
2026 sera l’année des différentes étapes qui sont la Coupe du monde au mois d’août, les Jeux méditerranéens de Tarente en Italie vers la fin août et le championnat du monde à Rotterdam en octobre. L’objectif primordial est de bien travailler pour les Jeux olympiques 2028 de Los Angeles, travailler sur ce nouveau cycle avec des nouveautés, de s’adapter et d’aller chercher les dixièmes qui manquent encore pour progresser. Parce que sur la préparation qui nous a été impartie en 5 mois, c’était vraiment un temps très court et ça ne nous a pas laissé la liberté d’aller explorer des nouveautés. On a commencé à travailler des nouveautés mais c’était impossible de les mettre en compétition : ça représenterait un risque trop énorme, il fallait partir sur des contenus qu’elle maitrisait déjà. Après, on a fait des modifications sur la poutre parce que c’est vraiment des éléments séparés et sur la construction essayer de chercher une progression. C’est une stratégie qui a fonctionné parce qu’elle a réussi à intégrer la finale et à décrocher une médaille d’argent, mais là, l’objectif de 2026 sera indéniablement mettre en place petit à petit les routines en vue de Los Angeles.
S. L.
