Figure emblématique du CR Belouizdad, Noureddine Neggazi, Nounou pour les intimes, était un joueur élégant doté d’une technique raffinée, l’un des footballeurs les plus doués de sa génération durant les années 1980 et 90. Comme quand il avait la balle au pied, Neggazi, est d’une remarquable lucidité. Le monsieur a une vision lumineuse sur le football algérien. Negazzi c’est tellement extraordinaire de converser avec lui football. Un vrai régal. Dans cet entretien, il dénonce l’acharnement injustifié à l’encontre de certains joueurs de la sélection nationale, et appelle à une réforme dans la gestion du football local. En particulier en ce qui concerne la formation des jeunes, la révision des salaires des joueurs et la valorisation des anciens footballeurs, qui, selon lui, peuvent apporter une contribution importante à l’amélioration du football national. Il insiste aussi sur l’importance de remettre le football aux véritables professionnels et de donner aux anciens footballeurs un rôle-clé dans la structuration du sport en Algérie.
Entretien réalisé par Nasser Souidi
Concernant les critiques des consultants et des commentateurs sur les plateaux TV, comment voyez-vous cette nouvelle tendance ? Pensez-vous que certains de ces commentaires sont justifiés ? Quelle est votre opinion, surtout après les victoires importantes et la qualification de l’EN à la prochaine CAN ?
Je pense que certains joueurs sont ciblés. C’est ça qui me révolte. Comme le milieu de terrain Zerrouki. Je ne sais pas ce qu’ils ont contre lui. Et pourtant, il fait bien son travail. Comme tout joueur au monde, il a des moments forts et des moments de faiblesse. Il y a des moments où il peut passer à côté, mais en général il joue bien son rôle. Certains exigent plus de lui sur le plan offensif, mais il y a des joueurs qui sont fait pour ça. Il marque, et parfois, il te fait la dernière passe. Je n’arrive pas à comprendre toutes ces critiques dont il fait l’objet. En club, il joue régulièrement, il est même un joueur essentiel dans l’échiquier de notre sélection. Le sélectionneur n’est pas fou, quand même. S’il le fait jouer à chaque match, c’est que ce joueur a quelque chose. Et les résultats de Petkovic le prouvent, on s’est qualifié à l’aise à la prochaine CAN. L’équipe progresse, on voit cette progression de match en match, et c’est ça le plus important. Les consultants doivent cesser ces critiques. C’est à se demander s’ils aiment vraiment l’équipe nationale. Il faut laisser les gens travailler.
Les réseaux sociaux sont devenus un lieu où les critiques se font de manière haineuse. Quelle influence ces plateformes ont-elles sur l’image des joueurs et du football algérien ?
Ces réseaux sociaux font plus de mal au football algérien que de bien. C’est vrai que des fois on trouve des choses positives, mais elles sont minimes au milieu de toutes ces critiques négatives. Des fois, ça dépasse l’imaginaire. Les gens sont devenus vulgaires, usant de mots…, c’est incroyable ! Connaissant nos joueurs, qui suivent les réseaux sociaux, vraiment, ça touche, ils ne pourront pas supporter toute cette malveillance. Ils doivent éviter tous ces réseaux sociaux, qu’ils soient bons ou mauvais. Ces réseaux sociaux négatifs causent un énorme tort au football, c’est grave !
Le football algérien a connu une certaine évolution depuis votre époque en tant que joueur. Selon vous, quel est votre regard sur le niveau local et la gestion du football national ?
Je ne vois pas où est cette évolution. Si ce n’est l’évolution dans les salaires, les primes de match. Je ne suis pas contre, mais il faut que le joueur mérite son salaire. Ce que je suis en train de voir, c’est exagéré, il faut revoir les mensualités stratosphériques des joueurs. Tout cet argent qu’on jette dans ces soi-disant clubs professionnels, alors qu’on néglige les jeunes. Il faut revoir la politique des jeunes. Ils coûtent moins cher. Si on veut avoir des joueurs de valeur, il faut s’occuper des joueurs du futur. Pour moi, il n’y a pas eu d’évolution dans notre championnat.
Il est souvent question du manque d’infrastructures modernes pour le développement du football en Algérie. Que faudrait-il faire pour améliorer ce secteur et favoriser la formation des jeunes talents ?
L’État a fait des progrès, notamment en construisant des stades modernes, mais ceux-ci sont souvent saccagés, ce qui soulève des questions sur leur mérite. Il est urgent que l’État prenne des mesures sévères contre les vandales. Par ailleurs, la formation des jeunes talents reste insuffisante. Il est crucial d’investir dans les centres de formation et d’attirer des éducateurs qualifiés pour encadrer les jeunes talents, afin de leur assurer un avenir prometteur. Un investissement dans les infrastructures est également nécessaire pour soutenir ce développement.
Les performances de l’équipe nationale ont été remarquables, ces dernières années, mais certains estiment que le championnat local ne produit pas assez de talents pour soutenir cette dynamique. Quel est votre point de vue sur cette question ?
Au niveau local, franchement, il n’y a pas un joueur qui sort du lot. Est-ce que ces joueurs, quand ils se regardent dans la glace, n’ont pas de remords sur les salaires qu’ils touchent. L’équipe nationale, ça se mérite, il faut beaucoup de sérieux et beaucoup de sacrifices. Nos joueurs ne travaillent pas assez, ils doivent revoir leur hygiène de vie. Quand un joueur touche quatre cents millions, et un médecin, soixante-mille dinars, ça donne à réfléchir.
Le CR Belouizdad, votre ancien club, continue d’être un acteur important du football en Algérie. Que pensez-vous de ses performances récentes sur la scène continentale ?
C’est vrai qu’ils ont fait un démarrage, enfin… catastrophique. Tous les amoureux du club s’inquiètent, parce que ça a duré, et forcément, ça crée des problèmes. Il y a eu beaucoup d’erreurs, et pour aller loin en coupe d’Afrique, il te faut des joueurs pour cette coupe d’Afrique. Avec ce groupe… En championnat, je sais qu’on va revenir, parce que le niveau n’est pas élevé. Il faut dire les choses directement. Mais pour le palier de la coupe d’Afrique, il te faut des joueurs décisifs. En ce moment, je ne vois pas ces joueurs, qui te permettront d’aller loin. Il faut au moins trois gros calibres.
Quels sont, selon vous, les défis majeurs que doit relever le football algérien dans les années à venir pour rester compétitif au niveau continental et international ?
Il faut beaucoup de sérieux, qu’on arrête de marginaliser ceux qui connaissent vraiment le football. Il y a des gens qui ont accaparé le football, et les anciens sont donc gênants. Le football aux footballeurs ! Aussi, il faut que nos entraîneurs soient à jour, ils doivent élever le niveau. C’est les stages. Il faut aussi leur donner les moyens. Il faut revoir, surtout, la formation. C’est impératif, si on veut avoir une génération future de haut niveau. Il faut mettre le paquet. Si tous les moyens sont réunis, je suis sûr qu’on va réussir.
Le rôle des anciens footballeurs dans la structuration du football algérien est parfois débattu. Quelle place devrait avoir un ancien comme vous, pour contribuer à l’amélioration du football national, que ce soit en tant qu’ambassadeur, formateur ou consultant ?
Je ne dis pas que tous, mais on a beaucoup d’anciens joueurs, avec un bon niveau intellectuel. Il faut juste les dénicher, parce que la plupart se sont retirés. Il faut réunir la famille du football, il faut choisir les meilleurs, chacun son poste. Croyez-moi, beaucoup d’entre eux peuvent beaucoup apporter à notre football. Les anciens peuvent amener un plus. Il faut que ça change. Mais la décision, elle doit venir d’en haut, si on veut redonner le football aux footballeurs, et au plus méritant. Dans mes propos, je ne visais personne, je n’ai aucune rancune envers personne. Je ne déteste personne, mais pour le bien du football, je parle, je m’exprime, surtout quand il s’agit de mon club, que j’aime voir épanoui. C’est tout ce que je veux.
N. S.
« Certains joueurs sont ciblés, comme Zerrouki, qui ne mérite vraiment pas tout cet acharnement »
« Les salaires et les primes de match ont évolué, mais pas notre football »
« Les nouveaux stades ? On se croirait en Europe. Mais quand vous voyez comment on les saccage, est-ce qu’on les mérite vraiment ? »
« Au niveau local, il n’y a pas un joueur qui sort du lot. L’équipe nationale, ça se mérite »
« Il y a des gens qui ont accaparé le football, les anciens sont donc gênants. Le football aux footballeurs »
« Qu’on arrête de marginaliser ceux qui connaissent vraiment le football. Les anciens, ils peuvent ramener un plus »
