Né en 1950 à El Biar, Zoubir Bachi a marqué le football algérien des années 1970 comme stratège et capitaine du Mouloudia d’Alger. Talentueux meneur de jeu, il a remporté 5 titres de champion, 3 Coupes d’Algérie et une Coupe d’Afrique (1976), tout en menant de brillantes études en médecine. Un modèle rare de réussite sportive et intellectuelle ! Privé d’une carrière professionnelle en Belgique en 1979, il a clos sa carrière à l’US Santé. Sélectionné 11 fois en équipe nationale, il reste une icône du MCA, aujourd’hui président de la fondation « Braham Derriche », œuvrant pour son club de cœur. Surnommé « Le Docteur » pour son élégance sur et hors du terrain, mais aussi, et surtout parce que le monsieur est médecin de formation, Bachi incarne l’esprit du vrai Mouloudia. Un esprit qui devient de plus en plus rare dans un football rongé par certaines dérives et une guéguerre d’intérêt qui ne dit pas son nom.
Entretien exclusif avec une légende vivante du football algérien !
Entretien réalisé par Nasser Souidi
Quels sont vos plus grands souvenirs en tant que joueur du Mouloudia d’Alger, notamment durant les années 1970, considérées comme l’âge d’or du club ?
Mes plus grands souvenirs sont évidemment les titres remportés, en particulier le triplé de 76, ainsi que le premier titre du Mouloudia en 1971 en coupe d’Algérie contre l’USMA.
Vous étiez surnommé « Le Docteur » pour votre intelligence de jeu et votre double casquette de footballeur et d’étudiant en médecine. Comment parveniez-vous à concilier football de haut niveau et études exigeantes ?
Cela n’a pas été facile. Évidemment, dans les années 1970, le football était amateur, on ne s’entraînait que deux fois par semaine. Parfois, quand cela était possible. Donc on avait le temps d’étudier mais bien entendu cela exigeait une force de caractère, beaucoup de volonté, de la rigueur et une discipline sans faille. C’est d’ailleurs à cause de mes études de médecine que ma carrière en équipe nationale fût assez brève, faute de ne pas pouvoir participer aux regroupements, stages, déplacements et autres contraintes…
Vous avez été capitaine du MCA pendant plusieurs années. Quelles étaient vos responsabilités en tant que leader sur et en dehors du terrain ?
Être capitaine d’équipe exigeait certaines qualités indispensables. Tout d’abord, avoir le sens des responsabilités, être un bon communiquant et gagner la confiance de ses coéquipiers et dirigeants. Sur le terrain, il faut donner l’exemple, en étant irréprochable sur le plan de l’engagement et de la combativité, et faire preuve de fair-play et de sagesse.
Qu’évoque pour vous la dissolution en 2019 de la direction collégiale que vous présidiez, avec la nomination de Omar Ghrib à la tête du MCA ?
Ne me rappelez pas cet épisode de ma vie que je considère comme étant le plus sombre de mon passage au Mouloudia. En effet, me confier la responsabilité du club par le P-DG de Sonatrach, pour ensuite vouloir m’imposer un individu que je considérais comme indésirable, est absolument inacceptable, d’où mon retrait de la présidence du bureau. Mais je préfère ne pas m’étaler sur cette affaire qui n’honore pas les responsables de ce revirement.
Lalmas, Allah yarahmou, disait que vous étiez sa relève parce que vous occupiez le même poste, vous avez même joué en équipe nationale ensemble…
Lalmas ne disait pas que j’étais sa relève en équipe nationale parce que j’occupais le même poste que lui. Je pense qu’il a dit ça parce qu’il estimait en toute modestie que j’avais les qualités requises pour le remplacer à ce poste. Vous savez, Lalmas était mon idole dans ma jeunesse et je suis très fier que ce monument du football algérien ait pensé à moi pour le remplacer.
Vous avez été candidat au Ballon d’Or africain en 1972. Que représentait cette reconnaissance à l’époque ?
Une grande fierté !
Vous avez déjà porté le maillot national. Comment analysez-vous l’évolution de la sélection algérienne depuis votre époque jusqu’à aujourd’hui ?
Vous savez, à l’époque, les conditions générales (moyens, infrastructures volume d’entraînement, récupération…) n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Le football a évolué, il est passé du statut d’amateur à celui de professionnel, ce qui a permis aux joueurs de progresser et d’évoluer, par conséquent, d’améliorer leur niveau de jeu et d’être plus performants. Mais malheureusement, avec l’avènement du professionnalisme en Algérie, les titres et les résultats n’ont pas suivi.
Quels joueurs actuels de l’EN vous rappellent votre style de jeu ?
Chaque joueur a son propre style de jeu en fonction de ses qualités individuelles et intrinsèques, que ce soit sur le plan technique, athlétique ou mental, qu’elles soient innées ou acquises.
En tant que président de la fondation Braham Derriche, quelles solutions proposez-vous pour redonner au club sa grandeur d’antan ?
La Fondation Braham Derriche avait comme vocation de défendre les valeurs fondamentales du Mouloudia, qui après la réforme de 1977 ont totalement disparu. Et cela, malheureusement, après un travail acharné dans la clandestinité, car nous n’avons jamais obtenu l’agrément de notre association. Nous avons été obligés de baisser les bras. Maintenant les solutions sont entre les mains de ceux qui sont chargés de l’avenir du club…
Quel rôle peuvent jouer les anciens joueurs comme vous dans la relance du football algérien ?
Des joueurs comme moi n’ont plus leur place au sein du club et notre rôle effectif est insignifiant. Plusieurs tentatives de mettre en avant d’anciens joueurs se sont avérées infructueuses.
Quel regard portez-vous sur la gestion des clubs algériens aujourd’hui, notamment en termes de formation et de professionnalisme ?
Les responsables des clubs ne s’occupent pas assez de la formation des jeunes. Malheureusement, ils ne s’intéressent qu’à l’équipe fanion. Dans le football moderne et pour devenir un athlète professionnel et performant, il faut absolument des bases solides sur tous les aspects (technique, physique, athlétique, tactique, mental… En ce qui concerne les infrastructures, les choses ont évolué dans le bon sens, avec la construction de stades, de centres de formation, de complexes sportifs. Mais le plus important à mon avis, c’est la formation des compétences, tant sur le plan de la gestion administrative que technique de ceux qui seront appelés à prendre en charge l’avenir de notre football.
Si vous deviez donner un conseil aux jeunes footballeurs algériens qui veulent concilier études et sport, que leur diriez-vous ?
Je leur dirais de choisir soit les études, soit le football. Car avec l’avènement du professionnalisme il est quasiment impossible de mener de pair une carrière de footballeur professionnel et des études de haut niveau.
La course au titre est serrée, voyez-vous le MCA champion cette saison ?
Tout dépendra du match MCA CRB car je pense que le championnat se jouera entre ces deux équipes. Que le meilleur l’emporte.
N. S.
