17 mai 2026

Belkedrouci, le gentleman s’en est allé 

Drapée d’un voile noir de tristesse et poignardée au cœur par la terrible nouvelle qui s’abattit sur sa place sportive peu après 18h, Oran pleure encore à chaudes larmes son joli minois de ses années de gloire, Sid-Ahmed Belkedrouci, rappelé à Dieu après avoir lutté des années contre la maladie. 

De la nostalgie, de la douleur et un immense chagrin prirent soudainement tous ceux qui l’ont connu et aimé, tous ceux qui en ont entendu parler du temps de sa splendeur et tous les Oranais et mouloudéens de cœur ou d’adoption.

L’icône du football-champagne estampillé MCO des seventies a rendu l’âme, en fin d’après-midi, terrassé par une crise de cardiaque alors qu’il se trouvait au Centre Hospitalo-universitaire de la ville.

C’est que l’ancienne idole du Mouloudia jouissait depuis toujours d’une cote de popularité sans pareille à El-Bahia et partout ailleurs en raison de l’indélébile trace que ses buts, ses arabesques, son sens du jeu et sa classe avaient répandus aux quatre coins de l’Algérie du football.

Attachant, tellement aimable, si courtois, Sid-Ahmed était toujours prêt pour distiller une anecdote comme il servait les caviars aux abords du but, un conseil que sa vie passionnément cabossée lui avait apprise ou une analyse que ses intarissables connaissances rendaient toujours pertinente.

Figure emblématique du MCO qui gagnait, notamment en Coupe d’Algérie l’année de ses 25 ans, en 1975, le natif de Oujda (en 1950) avait été repéré par le regretté Kacem Elimam alors qu’il régalait la partie ouest de la ville sous le maillot du RCGO.

« J’avais rendez-vous avec un autre club, mais Kacem m’avait attendu dans la rue pour me convaincre de rejoindre le Mouloudia » nous confessait-il un jour, comme pour laisser à l’ancien président le prestige d’une telle découverte alors qu’il se savait courtisé de partout.

Double meilleur buteur du championnat national (1973 et 1975) sous le maillot du club d’El-Hamri, à égalité cette dernière année avec le mythe koubéen Boualem Amirouche, ce qui dessine un personnage, Sid-Ahmed Belkedrouci avait également fait des piges à l’USM Bel-Abbès, au Croissant Club Sigois et au Ghali de Mascara, sans pour autant refaire les mêmes étincelles qu’avec le Mouloudia.

Retiré de la scène, troublé par des problèmes d’ordre psychique, puis physique, la légende oranaise qui pouvait évoluer avec la même aisance aussi bien au milieu de terrain qu’en attaque avait, notamment, bénéficié de l’aide de l’ancien édile devenu ministre, Abdelmalek Boudiaf tout comme il avait été honoré par ses anciens coéquipiers (de l’AAIF) et de la sélection nationale, dont il a porté le maillot une vingtaine de fois entre (1974 et 1979) avec en prime une médaille d’or au tournoi de football des Jeux Africains d’Alger.

Les plus touchants des hommages venaient, toutefois, de la rue, où il trainait son spleen et sa silhouette affutée quand bien même sa jolie crinière brune, jadis au vent au plus beau de ses coups de reins qui ont laissé sur place bien des défenseurs aguerris, avait laissé place à une chevelure blanche, témoin d’une sagesse troublée dont ceux qui l’ont connu et côtoyé mesurent le fort prix payé.

Décédé à l’âge de 74 ans, Sid-Ahmed Belkedrouci, qui avait en parallèle fait carrière dans la police, laissera l’image d’un gentleman pas assez compris mais tellement aimé et respecté.

A sa famille et ses proches, nos condoléances les plus attristées.

Rachid Belarbi

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