19 avril 2026

Laroum : « L’élimination en Coupe arabe… c’était prévisible »

« On aurait pu utiliser cette Coupe pour autre chose, comme lancer les jeunes qui émergent, entre 22 et 23 ans, ç’aurait été un objectif »

« Un projet, cela demande du temps, de la patience, de la compétence »

« Tu a beau avoir des compétences, quand les responsables ne sont pas patients, le projet est perturbé »    

Laissez de côté toutes les plaisanteries qui n’ont aucun sens, ici, nous parlons de pédagogie. Il ne sert à rien de se mentir, alors que le succès et la réussite sont là, devant nous. Dans cet entretien, Boualem Laroum, entraîneur-éducateur, inspecteur, instructeur, enseignant FIFA, nous en parle sans langue de bois…

Entretien réalisé par Hamid Si Ahmed

Pourquoi, selon vous, cette élimination en Coupe arabe. Votre analyse du match…

C’était prévisible…

Prévisible par rapport aux données, par rapport aux préparations, d’un côté. Il y avait trop d’incertitudes et trop d’instabilité dans la préparation. Dans ce genre de compétition, généralement, il faut être trois mois, quatre mois avant, prêt avec l’équipe-type, qui doit jouer. Par rapport aux derniers matchs, ces derniers mois, il n’y avait pas d’équipe-type, il y avait trop de changements. Dans ces tournois, il faut avoir une ossature, à mon avis.

Comment expliquez-vous le décalage entre cette analyse et les commentaires élogieux entendus dans les médias ?

Il ne faut pas y croire… Ces commentaires, ça ne m’intéresse pas. Est-ce qu’ils sont capables, comment dirais-je, de déterminer ce qui a marché et ce qui n’a pas marché ? Sur le plan tactique, stratégique et tout ce qui s’ensuit. Est-ce qu’ils savent quelle a été la défaillance ? Dans ce cas là, il faut des arguments valables. Comme ça, même ceux qui vous écouteront, ils seront convaincus. Est-ce qu’ils sont capables de déterminer le match, comment il a été ? Tactiquement parlant, c’est qu’elles ont joué le même système de jeu. Presque en 3-5-2 en défense, en 4-5-1, au début de l’attaque, et en 4-3-3 en attaque offensive. C’est-à-dire avec un bloc défensif moyen, identique.  Ils ont joué de la même façon et, généralement, ça devient un match monotone.

Quelle est votre analyse du match sous l’angle tactique et de la préparation de l’adversaire ?

Peut-être que l’adversaire nous a bien étudié. Il savait que quand on laisse les Algériens jouer dans la deuxième moitié de terrain, ils te malmènent. C’est pour ça qu’ils ont défendu cette partie de leur bloc médiane. D’ailleurs, au début, ils semblaient mieux que nous, et nous, on n’a pas pu créer des attaques bien organisées, bien structurées et tout. C’est vrai, on a marqué, mais toutes les autres actions, c’étaient des balles arrêtées. Pas de construction de jeu, pour arriver à la zone de finition. Eux, ils se sont préparés pour nous. Par contre, nous, nous nous sommes préparés pour nous-mêmes, sans prendre en considération l’adversaire.

Quel jugement portez-vous sur la performance collective de l’équipe par rapport aux individualités ?

À ce niveau, il n’y a plus d’individualités. Les grands clubs comme le Real ou le Barça, ne profitent pas de ces individualités. Maintenant, c’est qu’est-ce que vous valez en collectivité. Par rapport à l’adversaire, sur le plan stratégique, sur le plan du jeu. Plus vous arrivez au but, plus vous inscrivez, et vice versa. Et c’est ce qui s’est passé. Des actions timides et stériles, ça donne un jeu stérile et un résultat stérile. Voilà.

L’important nombre de joueurs naturalisés chez l’adversaire a-t-il, selon vous, été un facteur déterminant ?

Mais ça ne veut rien dire. Vous allez jouer contre une équipe qui a un nom, c’est les Emirats arabes unis. Naturalisés ou non, ce sont des joueurs de leur équipe. Nous, quand on ramène des joueurs de l’étranger, c’est la même chose. Avec une faible population, quatre à cinq millions d’habitants, ils peuvent se le permettre. Maintenant, ce sont leurs enfants, leurs joueurs. C’est leur affaire, c’est leur équipe. Et puis, ils ne nous ont pas empêchés de faire la même chose. Je ne pense donc pas que ce soit une force en soi.

Comment évaluez-vous le travail du sélectionneur, Madjid Bougherra, durant ce tournoi ?

Ce n’est pas facile vu tous les changements, il lui fallait au moins une ossature de cinq à huit joueurs, stable, avec une force collective. Durant cette Coupe arabe, je pense qu’on n’a pas bien mis l’objectif, parce qu’on pouvait l’utiliser pour autre chose. Par exemple, faire jouer les jeunes qui commencent à émerger, entre 22 et 23 ans, ç’aurait été un objectif. Même si on avait perdu, on aurait fait jouer ceux qui formeront plus tard l’équipe nationale.

Donc vous pensez que cette compétition a été une opportunité manquée sur le plan sportif et stratégique ?

Vous l’avez bien dit. On a déjà gagné cette Coupe, qu’est-ce qu’on en a fait ? On aurait pu l’utiliser pour le renouvellement à long terme de l’équipe nationale, et ceux susceptibles de l’intégrer maintenant.

En quoi cette situation illustre-t-elle, selon vous, les difficultés à mener un projet footballistique sur le long terme en Algérie ?

Écoutez, tout ce qui est projet demande du temps, de la patience et de la compétence. Chez nous, quand il y a de la compétence, il n’y a pas la patience chez les responsables. À chaque fois, le projet est perturbé. Il faut savoir ce qu’on veut.  Pour nous, cette Coupe, c’est comme si c’était le dernier jugement du football algérien, alors qu’on pouvait en faire une motivation pour les pépinières. Et on aurait gagné beaucoup plus à l’avenir. Aujourd’hui, le football est basé sur le physique, le technique, le tactique et le mental. Le niveau d’élite demande ces quatre facteurs, au top, au même diapason.

Au-delà du simple résultat, quelles sont les principales leçons techniques à tirer de cette élimination ?

Ce n’est qu’un résultat technique. Ça ne veut rien dire. Mais il faut tirer à l’intérieur ce qu’il y a. Des fois on est perturbé, des fois on ramène des gens âgés, des fois trop jeunes. On ne sait plus ce qu’on veut.

Quels seront, à votre avis, les facteurs techniques et tactiques décisifs pour la performance de l’équipe nationale lors du prochain Mondial ?

Non, ici, on parle du top des tops. Hamdoullah, nous avons un bon sélectionneur, et avons les possibilités et les capacités pour s’exprimer. Ça ne veut pas dire qu’on va gagner la Coupe du monde, mais une bonne prestation et un bon parcours, par rapport au niveau mondial.

L’Algérie affrontera le champion du monde en titre pour son entrée en Coupe du monde. Croyez-vous à la possibilité d’un exploit ?

Oui, bien-sûr. Des fois, il y a des choses qui reviennent, des mites, de grandes nations qui démarrent en mauvaise position. Comme on a vu l’Allemagne, l’Argentine aussi, qui à deux ou trois reprises, a été prise dans le piège. Elle a déjà fait match nul face au Nigeria et a perdu contre le Cameroun. En tous les cas, l’équipe doit bien se préparer, c’est le haut niveau. Le jour J, il faudra être prêt.

Quelles sont vos attentes par rapport à la prochaine CAN ?

Maintenant, à partir de tout ce qui n’a pas marché, il faut faire un constat réel, chiffré. Le remède et les objectifs doivent être clairs. De pouvoir se situer par rapport à la sphère africaine, et corriger tout ce qu’il y a à corriger.

Pouvez-vous nous décrire le fonctionnement et la philosophie de votre académie de football, notamment en matière de sélection et de formation des jeunes ?

Moi, sincèrement, je ne sélectionne pas les jeunes. J’ai une masse, sur laquelle j’ai des groupes performants. Et quand ils disputent leur place ailleurs, on les encourage à partir. On n’est pas là pour les bloquer. Les gens formés chez nous, quand ils sont recrutés dans d’autres clubs, l’essentiel qu’ils soient bien formés et qu’on puisse en profiter. Nous avons des joueurs entre 5 et 17 ans, et il y en a qui progresse, à vue d’œil. Tout ce qui est mauvaises habitudes et mauvaise éducation, ça n’existe pas. Hamdoullah, nous avons un bon effectif d’encadrement. Nos entraîneurs ont chaque mois des réunions de formation et de remise en forme. Nous avons des gens qui ont des masters, des licenciés, donc ils ont besoin parfois d’un peu plus d’orientation. En termes de travail, Hamdoullah ils sont compétents. Pour ne pas développer des enfants frénétiques, capables de jouer au ballon, et non pour faire de la compétition. Jusqu’à 15-16 ans, c’est le jeu. Hamdoullah, on est très contents.

En tous les cas, merci pour cette belle pédagogie…

Djamel Touafek, c’est avant tout un ami, pas uniquement un collaborateur… Je ne peux rien lui refuser !

H. S-A.

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