Entre deux émissions télévisées, Fayçal Bentalaa n’a pas hésité à se livrer à Info Sport pour décortiquer certains points brûlants de l’actualité footballistique algérienne. Pour l’ancien gardien international et consultant en football, l’exigence et la rigueur doivent redevenir la priorité, tant en sélection que dans les clubs. Il revient sans détour sur l’élimination en Coupe arabe, évoque les enjeux de la CAN et du Mondial, et dresse un bilan sans concession du football national.
Pour commencer, quelle analyse faites-vous de notre élimination en Coupe arabe, notamment après la défaite face aux Émirats ?
L’équipe nationale aurait pu aller loin dans cette compétition, au moins atteindre les demi-finales. Tout d’abord, la rencontre a été mal gérée par le sélectionneur. On n’a pas appris de nos erreurs, et c’est dommage pour notre équipe nationale, car on pouvait faire mieux. Ils nous étaient supérieurs au milieu de terrain. Et cela est dû à la mauvaise mise en place des joueurs par le sélectionneur. Le premier responsable, c’est Madjid Bougherra. On a vu Boulbina, qui joue toujours du côté gauche, jouer du côté droit, et n’a pas trouvé de solution. Le placement des joueurs n’était pas à la hauteur. Mais le football est ainsi, nous n’étions pas dans notre match.
Cette élimination reflète-t-elle, selon vous, un problème plus structurel dans la gestion de cette équipe ?
Le résultat était prévisible. N’oubliez surtout pas que nous avons ramené des joueurs à la toute dernière minute, sans temps de préparation sérieux, et ça, ce n’est pas normal dans le haut niveau. Cela a créé une absence totale de cohésion. Je pense sincèrement, et avec conviction, que nous pouvions largement faire mieux que cela, obtenir un résultat différent avec une préparation digne de ce nom. C’est le sélectionneur qui a ramené ces joueurs, c’est son choix, il doit donc assumer l’entière responsabilité de cet échec. Les joueurs ont été visiblement mal gérés dans leur préparation et mal exploités tactiquement pendant les matchs. Nous les avons tous vus lors des quarts de finale, comment ils étaient complètement désorganisés, perdus et chamboulés par les événements. Il fallait absolument préparer l’équipe convenablement.
Le choix du gardien de but et la gestion de ce poste ont-ils également pesé dans le bilan de cette compétition ?
Écoutez, on n’avait même pas à aller jusqu’aux tirs au but, déjà. On en avait les moyens, mais… dommage, on aurait pu ramener cette coupe…
Quelles leçons fondamentales doit-on tirer de cet échec en vue des prochains rendez-vous, la CAN et la Coupe du monde ?
Il faut préparer une équipe nationale digne de l’Algérie, avec une préparation méthodique et à long terme. Il faut cesser l’improvisation et bâtir un projet sportif clair. Et cela passe par une sélection de joueurs cohérente, un travail sur la cohésion du groupe et une préparation mentale et tactique adaptée. La leçon fondamentale est donc que le talent individuel ne suffit pas, il doit être intégré dans un collectif solide et bien préparé, afin d’honorer l’Algérie lors de la CAN et la Coupe du monde.
Justement, à quelques jours de la CAN, quel est votre état des lieux et votre niveau de confiance en cette sélection ?
L’équipe nationale est dans ses meilleures conditions, et je pense qu’elle peut réaliser son objectif, celui d’aller loin dans cette compétition. Nous avons de bons joueurs avec les capacités requises, alors on ne peut que soutenir à fond cette équipe. Les joueurs qu’on a en ce moment jouent dans les meilleurs clubs en Europe, je pense qu’ils sont capables de faire quelque chose durant cette CAN.
Quittons la sélection pour les clubs. Comment jugez-vous la santé actuelle du championnat national, au vu des récents résultats continentaux ?
Je pense que nos clubs ne vont pas bien du tout, et c’est un constat très inquiétant qui doit nous pousser à agir rapidement. Il n’y a qu’à observer attentivement, match après match, leurs résultats souvent décevants dans les compétitions africaines. Et là, face à cette situation qui se répète chaque saison, je pense qu’il faut tirer la sonnette d’alarme, avant qu’il ne soit définitivement trop tard. Et je vous parle ici en toute franchise, en tant qu’entraîneur sur le terrain et en tant qu’analyste du football national.
À quoi attribuez-vous principalement ces contre-performances en club ? Est-ce une question de qualité technique, de management ou autre ?
Le problème est technique. Si on doit ramener des entraîneurs étrangers, il faut ramener des champions. Pas des entraîneurs qui ont gagné quelques matchs. Pour des clubs comme le CRB, MCA, JSK et USMA, tu dois ramener des entraîneurs qui ont gagné des coupes. Des entraîneurs de qualité, de gros calibre, même s’ils demandent de gros salaires.
Dans ce contexte, quelle place doivent occuper, selon vous, les entraîneurs algériens compétents qui peinent à trouver leur place ?
Nous avons des entraîneurs locaux très compétents, mais qui malheureusement sont ignorés. On doit leur donner une chance, car ils sont capables de faire parfois mieux que certains entraîneurs étrangers.
Vous évoluez aujourd’hui dans les médias. Nourrissez-vous toujours l’ambition de retourner sur un terrain en tant qu’entraîneur, et quelles conditions seraient nécessaires ?
C’est vrai que j’aimerais bien retourner sur le terrain, mais quand vous avez en face de vous la médiocrité… Chaque entraîneur ramène ses amis, et ainsi de suite. S’il est mieux que moi, c’est normal, mais si je suis meilleur, alors c’est grave. Certains n’ont rien à voir avec le football. Mais que voulez-vous ? Chacun doit être à la place qui lui revient. Déjà, nos jeunes entraîneurs diplômés ne travaillent même pas…
Pour conclure sur une note d’espoir : le tirage au sort de la Coupe du monde nous a placés dans un « groupe de la mort ». Y croyez-vous malgré tout ?
C’est un groupe intéressant. Je pense qu’on pourra aller loin. Il faut y croire, il faut être derrière cette équipe nationale. Ce n’est pas le championnat, c’est l’Algérie qui jouera. Et tous les moyens sont bons, inch’Allah, pour se qualifier au deuxième tour. Nous avons tous les moyens pour ça. Atteindre les demi-finales, pourquoi pas ?
Entretien réalisé par Hamid Si Ahmed
