Kheireddine Bouchouika s’est distingué par son parcours international, en Suède et en France, et son expertise reconnue. Ancien joueur de la JSEB, ancien entraîneur de l’USMH, il a été formé à l’ISTS et continue d’œuvrer pour la formation des jeunes. Dans cet entretien, il défend une vision axée sur le respect, l’éducation et la rigueur. Critique face aux défis du football algérien, il reste un mentor engagé pour les générations futures, prônant le travail bien fait et la passion du jeu.
Entretien réalisé par Nasser Souidi
Vous avez passé dix (10) ans en Suède en tant qu’entraîneur. Quels ont été les défis les plus importants auxquels vous avez été confronté lors de votre adaptation au football suédois, et qu’avez-vous appris de cette expérience ?
Dans le football, on s’adapte à tout. C’est le même football, c’est le même jeu, la même philosophie de jeu. Et l’adaptation, c’est une question de climat, et l’éloignement, aussi. Je me suis adapté progressivement. Et puis j’étais déjà formé à l’ISTS et je suis un ancien footballeur. Je suis diplômé de l’institut national des sports et d’éducation physique de Paris et j’ai déjà travaillé à la Fédération française de football, de 1996 à 1998. J’ai travaillé ensuite à la Fédération suédoise de football, et j’ai fini ici en Algérie, avec Hadj Raouraoua. On a formé des joueurs comme Bensebaini, Abdellaoui, Laribi, Ferhat…
En tant qu’ancien joueur de la JSEB, comment votre expérience en tant que joueur a-t-elle influencé votre approche en tant qu’entraîneur ?
Le vécu d’un footballeur, en plus de la formation théorique, qui m’a beaucoup aidé. Mais il faut avoir des connaissances, quand-même, en sciences, en physiologie du sport, préparation physique, pédagogie et gestion du groupe. Sans oublier les entraîneurs que j’ai connus, comme Ahmed Arab Allah yarahmou, Hamache, Hadj Ibrir Allah yarahmou, Bacha. Il y a aussi les bons dirigeants avec lesquels j’ai travaillé, comme Hadj Ibrir, hadj Ouabri, âami Kaddour. C’étaient de bons dirigeants. Les Soukhane, Allah yarhemhoum, c’était une bonne école. Ça nous a aidés.
Pouvez-vous nous parler de votre expérience en tant qu’entraîneur à l’USMH, Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?
C’est une bonne école. J’ai admiré la hargne des joueurs, le supporter surtout. Fidèle, il aimait son club. J’ai pu avoir une expérience avec eux, c’était vraiment positif. A chaque match, il y avait de la pression. J’ai eu un certain Doudane sous ma coupe. Il y avait une bonne formation. L’argent ne coulait pas à flot, mais tout le monde se donnait à fond. Maintenant, malheureusement, tout est question d’argent. A l’USMH, il y avait l’amour du club, les joueurs mouillaient leur maillot. Les joueurs étaient bien éduqués, franchement. Ils ne manquaient aucun entraînement. Quand ils ne jouaient pas, ils respectaient le choix du coach et attendaient leur chance. C’est ça le plus important, il doit y avoir un respect mutuel, un feed-back entre les joueurs et l’entraîneur
Et l’entraîneur n’est pas exempt de tous reproches, n’est-ce pas ?
Il y a des entraîneurs qui n’ont pas été formés. J’ai entraîné à Cheraga, aujourd’hui un agent de sécurité y est devenu entraîneur. Du n’importe quoi ! Un entraîneur doit passer par la formation. A l’ISTS, on a fait cinq ans. Une formation russe ! Et en plus, les examens, c’était de l’oral ! Aujourd’hui, l’entraîneur ne voit que l’argent, il n’en a cure, de sa personnalité, il n’a pas de notions de respect. Aujourd’hui, les anciens joueurs, formés et expérimentés, ne travaillent pas. Pourquoi ? Parce qu’ils sont envahis par ces soi-disant entraîneurs…, c’est des moniteurs, ce ne sont même pas des entraîneurs. Mais ils préfèrent rester à l’écart et s’occuper des jeunes.
Vous devez en connaître pas mal…
Quelqu’un comme Abdelhak Benchikha a été joueur, formé cinq ans à l’ISTS, il a trente-cinq (35) ans d’expérience ! Sans oublier les Charef, les Laroum, les Ghimouz, Iaïche, Aradji et Yahi. Il y en a même à l’Est et à l’Ouest, des entraîneurs de qualité. Mais ils préfèrent rester à l’écart, mieux que travailler avec des personnes qui n’ont pas de principes et pas respectueux. Et sans oublier Djamel Menad, à qui nous souhaitons un prompt rétablissement Inch’Allah. Djamel Menad a été formé par la JSEB, avant de partir au CRB et à la JSK, et l’équipe nationale. Un entraîneur avec des principes.
Vous avez entraîné les U17 en Suède, travaillé en tant que DTS à la Fédération suédoise de football et avez également exercé à la Fédération algérienne de football. Un joli parcours…
En Suède, c’était bien structuré, et chacun faisait son travail. Des joueurs réceptifs, ce n’était pas la peine de leur répéter plusieurs fois. Les U17 ont été champions d’Europe. Ensuite, j’ai travaillé dans un club, avec les U19. J’ai ensuite été sollicité par la FAF, en tant que coordinateur national, il n’y avait pas de DTN en ce temps-là. En ce temps-là, il fallait savoir sélectionner, pour bien gérer un groupe. Avoir l’œil, comme on dit dans le football. Et il n’y avait pas d’intervention et de favoritisme. Fils de tel ou tel, il n’y avait pas ça. Avec hadj Raouraoua, on a fait une bonne sélection. On a supervisé mille cent (1100) joueurs, sur tout le territoire national, pour 64 présélectionnés. Les Bensebaïni et Abdellaoui ont été formés par Salim Menad et Kader Horr, avant de nous les envoyer à moi, Bengana et Zekri. Un bon groupe, bien varié. Il n’y avait pas d’interventions, Belkacemi, je l’ai ramené de Sour El Ghozlane, et Laribi, de Berrouaghia. Il a même été sélectionné en équipe A. Raouraoua nous laissait travailler.
En parlant de Raouraoua, comment qualifiez-vous son travail à la fédération ? On lui est souvent tombé dessus…
C’était un bon gestionnaire, meneur d’hommes et autoritaire. Mais que voulez-vous, il y a la haine et la jalousie. Il a donné au football algérien, personne ne pourra lui enlever ce mérite.
Comment évaluez-vous l’état actuel de la formation des jeunes joueurs ?
Bon, il y a ces académies bidon, moi j’appelle ça des crèches. Ils demandent de grandes sommes aux parents, alors qu’ils ne sont même pas des formateurs. Il y a de bons joueurs, il y a la pâte, mais ils ne sont pas suivis. Le sélectionneur national doit faire une prospection nationale. Mais chez nous, malheureusement, on préfère ramener les joueurs de l’étranger.
Quel est votre avis sur le niveau actuel du championnat algérien ?
Des clubs comme l’USMA, le CRB, le MCA, la JSK, Khenchela, ont des bons joueurs, mais malheureusement, ils ne progressent pas. On n’a pas l’intensité dans le jeu, on n’a pas de jeu de profondeur. Dans les 18 mètres, on rate des face-à-face. Des fois, c’est vrai qu’il y a de beaux matchs…
Avez-vous des projets futurs dans le domaine du football ? Quels sont vos objectifs à court et long terme ?
L’année dernière, j’étais enseignant à l’ISTS. Cette année, ils n’ont pas encore programmé la formation. Mais il y a une promotion qui va venir. J’ai beaucoup travaillé au ministère de la Jeunesse et des Sports en tant que conseiller principal. Sinon, place aux jeunes, et s’ils ont besoin d’aide, il n’y a pas de problèmes. Franchement, je préfère un bon projet dans le secteur public que le privé.
Justement, quels conseils donneriez-vous aux jeunes entraîneurs qui aspirent à avoir une carrière internationale comme la vôtre ?
Il faut s’informer, faire des formations et dépenser son énergie positivement. Ne pas privilégier l’argent et sauter d’un club à un autre. Demander des avis de gens expérimentés, et faire une formation au niveau de nos instituts. Et il vaut mieux se former avec les jeunes et se corriger, bien sûr.
Selon vous, quels sont les principaux défis auxquels le football algérien est confronté aujourd’hui, et comment pensez-vous qu’ils pourraient être relevés ?
Il faut changer les mentalités, il faut être positif, faire confiance aux jeunes diplômés qui ont envie de travailler. Avancer dans le travail, être récompensé bien sûr, et penser à gagner des titres de l’étranger, au niveau local ou international. Pour atteindre un haut niveau, pour atteindre le podium, il faut fixer des objectifs.
N. S.
« A l’USMH, le supporter était fidèle et aimait son club, il y avait une bonne formation, il y avait l’amour du club, les joueurs étaient bien éduqués et mouillaient leur maillot »
« Raouraoua nous laissait travailler, c’était un bon gestionnaire, meneur d’hommes et autoritaire. Mais que voulez-vous, il y a la haine et la jalousie. Il a beaucoup donné au football algérien »
« Pour atteindre le haut niveau, il faut fixer des objectifs »
