Othmane Ryad Baba-Ahmed, journaliste sportif émérite devenu président de la JSM Tlemcen, a relancé ce club centenaire (1937) avec des moyens dérisoires, mais une ambition immense. En deux ans, malgré l’absence de soutien des autorités, le club a décroché cinq trophées. S’appuyant sur un groupe soudé, des bénévoles et d’anciennes gloires locales, Baba-Ahmed mise sur l’esprit de famille et la transmission. Fort de son expérience de journaliste et de ses vingt ans auprès des dirigeants du WAT, il prône une communication immersive et moderne, tout en affirmant sa fidélité au club-phare de Tlemcen…
Entretien réalisé par Hamid Si-Ahmed
Qu’est-ce qui a motivé votre décision de relancer la JSMT ?
La JSM Tlemcen a été créée en 1937. C’est le premier club musulman à Tlemcen. Il compte 13 martyrs, parmi eux, les célèbres trois frères Zerga. Le premier stade de Tlemcen, et l’un des plus vieux stades d’Algérie porte leur nom. Cela fait deux ans que nous avons relancé le club qui était mis en veilleuse pendant plusieurs années.
Parlez-nous des débuts de cette belle aventure…
Dans un premier temps, en raison d’un problème administratif, le club ne pouvait pas relancer le football à onze, mais a été autorisé à pratiquer le futsal, en deuxième division. Certes, on a tardé à relancer les jeunes catégories en football, mais le futsal, c’était pour nous une belle opportunité. Ça nous a permis de faire appel à d’anciens joueurs du WAT et de redorer le nom du club.
Et là, les résultats ont suivi, mais…
Exactement. On a été sacrés champions de D2, région Ouest, et avons atteint les huitièmes de finale en Coupe d’Algérie (exercice 2024-2025). Mais malgré notre excellent parcours en futsal l’année dernière, on n’a pas perdu le moindre match, on n’a pas eu le soutien financier nécessaire. Du coup, cette saison, on a décidé de nous rabattre sur le foot à onze. Parce que disputer le futsal en première division nécessite un certain budget. Jusqu’à l’heure actuelle, on n’a pas eu de soutien financier des autorités locales. Du coup, on a opté pour la relance du foot à onze et pour repartir de l’étage inférieur, le Pré-Honneur. Pour une première saison, on a assuré l’accession en Division Honneur. On a décroché trois titres cette saison – champion U20, U18 et U16 – avant la phase des play-off. Ce qui est un véritable exploit pour un club qui vient tout juste de revenir. On a eu la chance d’avoir avec nous Djilali Azza, un ancien joueur mythique du club, qui endosse le rôle de DTS. Nous avons des formateurs locaux qui font un excellent travail. Malgré les problèmes…
Concrètement, quels ont été les principaux obstacles que vous avez dû surmonter ?
La disponibilité des stades, car tu dois partager un demi-terrain avec d’autres clubs. Mais Hamdoullah, on fait avec les moyens du bord. On a récolté d’excellents résultats cette saison !
Êtes-vous parvenu quand-même à mobiliser certains soutiens autour de ce projet ?
La JSMT ne repose pas sur une seule personne. C’est tout un groupe. J’ai décidé de solliciter des personnes qui ont une très bonne image, ici à Tlemcen. Là où on toque, on est très bien reçus. Dans ce domaine-là, ce n’est pas toujours évident d’avoir un soutien financier. Mais Hamdoullah, avec très peu de moyens, on a réussi à récolter d’excellents résultats.
Avec cinq trophées en deux ans, le bilan est éclatant…
Les résultats sont là. Certes, le club était délaissé, mais on a décidé de le relancer. Hamdoullah, ici à Tlemcen, tout le monde est content. On nous félicite d’avoir eu le courage d’affronter cette mission. Le club ne cesse de grandir. Et au fur et à mesure que le club grandit, il te faut le budget pour convaincre les joueurs. Ce n’est pas évident… on a besoin de soutien financier, du moment que les résultats sont là. On n’est pas en train de jouer pour jouer. Remporter cinq trophées en deux ans, ce n’est pas facile. Mais c’est très encourageant, et ça nous motive davantage à mettre toujours la barre haute et à bâtir une équipe pour jouer les premiers rôles la saison prochaine. Et inch’Allah, viser de nouveau l’accession.
Décrivez-nous comment est l’ambiance et l’état d’esprit au sein du club ?
Depuis le début, on forme une seule famille. C’est notre force. Que ce soit entre nous les dirigeants, ou même avec les staffs techniques ou les joueurs. On n’a qu’une seule devise, celle de former une famille. On est en train de vivre une expérience très spéciale. Hamdoullah, les résultats sont là, ce qui nous aide à viser toujours plus haut. Nous avons la chance d’avoir récupéré d’anciens joueurs qui nous ont fait confiance, qui sont en train de retrouver, entre guillemets, une seconde jeunesse, et qui font actuellement les beaux jours de la JSMT.
Vous avez longtemps exercé le métier de journaliste avant cette nouvelle expérience en tant que dirigeant. Comment cela influence-t-il votre vision à la tête de la JSMT ?
J’ai été journaliste correspondant pour le Buteur en 2005. Le premier qui m’a appelé, c’est Mustapha Ouail, que je salue au passage. En 2017, j’ai lancé un media web innovant, ‘‘ORBA+ ». Un média avec plus de 40 concepts différents, et une plateforme Facebook. Mais actuellement, je gère uniquement la page officielle du club. Aussi, on a un projet si on arrive, bien sûr, à convaincre un sponsor. Des interviews décalées, des reportages et des immersions au cœur du club. Pour que le large public ait une idée plus claire sur les séances d’entraînement, tout ce qui se passe dans les vestiaires avant le match. C’est ça notre but, inch’Allah, en prévision de la saison prochaine.
Votre expérience dans le journalisme est quand-même un atout pour le club, notamment dans le domaine de la communication, n’est-ce pas ?
Oui, en effet. Le fait d’avoir côtoyé les dirigeants du WAT pendant une vingtaine d’années m’a permis d’avoir déjà une idée assez précise sur la gestion d’un club, comme l’ancien président du WAT, M. Yahla Abdelkrim. J’ai eu la chance de le côtoyer de très près durant mon passage au Buteur. Ça m’a permis d’avoir un certain vécu et de le transmettre à la JSMT, cette saison.
Quel regard portez-vous sur l’évolution du traitement médiatique du football algérien ?
À l’ère du tout-numérique, ce n’est plus pareil, surtout avec la venue des réseaux sociaux. Ça a totalement changé. Auparavant, on achetait les journaux, en quête de scoops. Maintenant, l’information est tout de suite mise sur les réseaux sociaux. Du coup, ça freine même les chaînes de télévision. Le téléphone a pris les devants sur les médias.
En tant que président de clubs, quels rapports entretenez-vous avec la direction du WAT ?
Très amicaux. Ils sont nos amis. Le WAT, c’est le club phare de Tlemcen, personne ne peut le nier. Maintenant, on leur souhaite tout le bonheur du monde en Ligue 2. On leur souhaite non seulement de se maintenir, mais aussi de viser un retour légitime en Ligue 1. Parce que le WAT mérite d’être parmi l’élite du football algérien. De notre côté, on est en train de faire notre petit bout de chemin. Il nous reste encore quatre ou cinq accessions pour être au même niveau que le WAT, que toutefois on soutient. Si nous avons de très bons joueurs dans les jeunes catégories, nous serons fiers de les voir un jour porter les couleurs du WAT.
Comment analysez-vous le parcours du WAT durant ces dernières années et ses perspectives d’avenir ?
Déjà, l’équipe dirigeante a réussi à sortir de la troisième division. Ce n’est pas évident, il y a une grande concurrence. El Biar, El Harrach, NAHD… le niveau est assez élevé. Pour une première saison après l’accession, le fait d’assurer d’ores et déjà le maintien, c’est bon signe. Maintenant, on espère que l’année prochaine, ils vont renforcer davantage l’équipe, et pourquoi pas jouer les premiers rôles et retrouver rapidement l’élite du football.
H. S-A.
