Roumaysa Boualam (29 ans) a commencé sa carrière sportive très jeune en judo, à Chiffa, sa ville natale, où la pratique féminine se faisait très rare. Ensuite avec le karaté (championne d’Algérie), où elle est restée environ six (6) années. Mais à 18 ans, elle décide d’enlever son kimono et d’enfiler des gants. Depuis ses débuts dans la boxe, elle est accompagnée par son entraîneur Brahim Makhlouf. Pionnière de la boxe féminine algérienne, son palmarès fait d’elle une athlète d’exception. Quatre fois championne d’Afrique, sacrée championne d’Algérie à maintes reprises, médaillée d’argent aux championnats d’Afrique de Yaoundé (2014) et aux championnats d’Afrique de Brazzaville (2017), elle remporte la médaille d’or aux Jeux africains de Rabat (2019). Elle a remporté l’or aux Jeux méditerranéens de 2022 à Oran, ainsi qu’aux Championnat d’Afrique de boxe amateur (2022) à Maputo, aux Jeux panarabes (2023) à Alger et aux championnats d’Afrique de boxe amateur (2023) à Yaoundé. Elle remporte une autre médaille d’or aux Jeux africains (2023) à Accra. Classée 2e au Ranking mondial, elle évolue actuellement à l’IRB Chiffa. Elle est internationale depuis 2013. Diplômée de l’ISTS, elle est conseillère en sport.
Sur la route de la gloire, son chemin vers les JO de Paris est déjà tracé, par ses sacrifices et une grande volonté de lever haut le drapeau algérien dans la capitale française. Un parcours atypique qui démontre bien que la persévérance peut transformer les rêves en réalité, et que rien n’est impossible, lorsqu’on poursuit ses rêves avec passion, détermination et courage.
Roumaysa Boualam espère être la première boxeuse algérienne à remporter une médaille olympique dans son sport… tout en étant un modèle pour les jeunes filles !
Entretien réalisé par Nasser Souidi
Pour commencer, parlez-nous de vos débuts dans le sport. Qui vous a inspiré ?
Je pratique le sport depuis l’âge de cinq (5) ans, c’est ma mère qui nous a inscrit au judo, ma sœur et moi. Rares étaient les filles qui pratiquaient le sport là où j’habitais, ce n’était pas évident du tout. D’ailleurs, vu qu’on était les seules filles à pratiquer le judo, un jour on nous a dit que si on voulait continuer, il fallait qu’il y ait un groupe de filles. Vous imaginez bien les mentalités d’avant, avec ma sœur on partait chez les voisins pour les supplier de laisser leurs filles s’inscrire au judo…
Comment ça s’est passé ensuite ?
Ma sœur est partie à Alger, moi j’ai changé de discipline et opté pour le karaté, là, les filles étaient quand même assez nombreuses. J’étais performante mais les moyens du club étaient limités, on ne participait pas aux compétitions. C’est mon père qui m’y emmenait, avec ses propres moyens ! J’ai été découragée et j’ai fini par abandonner…
Et c’est à ce moment-là que vous optez pour la boxe ?
La salle de boxe était juste à côté, leur entraîneur m’avait observé quand je faisais du karaté il s’est dit que je devais pratiquer de la boxe, vu mes capacités physiques. Alors il m’a contacté par l’intermédiaire d’une cousine, qui faisait elle-même de la boxe. J’ai hésité, mais j’ai fini par accepter. J’ai toujours dit que c’est la boxe qui m’a choisi, et pas le contraire.
Un sport difficile ?
Dans la boxe, tu dois constamment faire des régimes, des fois, on s’endort la nuit sans manger, tu dois à chaque fois te peser avant chaque combat. La vie d’un athlète, c’est quand-même difficile.
Vous êtes en ce moment à Paris, où vous préparez les JO 2024. Ça se passe bien ?
On a un peu tardé pour commencer la préparation, à cause des procédures qui prennent du temps. Mais Hamdoullah, on fait de notre mieux, on travaille sans relâche.
Où en est le sport féminin en Algérie ? Est-ce qu’il a évolué ?
Ces derniers temps, les filles sont de moins en moins complexées. Les familles aujourd’hui inscrivent leurs enfants au sport, dès leur jeune âge, qu’ils soient garçons ou filles. La femme algérienne ne perçoit plus le sport de la même manière. Par exemple, dans la boxe, on était seulement trois filles. Aujourd’hui, on est une vingtaine, voire une trentaine. Aujourd’hui, on a compris que la boxe, ce n’est pas uniquement pour les garçons.
Parlez-nous des moments forts de votre carrière qui vous ont le plus marqué…
Ma qualification aux JO de Tokyo. C’est un moment inoubliable, c’était la première fois qu’une boxeuse algérienne participait aux JO, c’est vraiment un honneur d’entrer comme dans l’histoire du sport féminin algérien. Ma participation aux Jeux méditerranéens d’Oran, où j’ai remporté l’or. L’or, c’est une récompense unique dans la vie d’un athlète, tu vois le drapeau de ton pays se hisser et l’hymne national retentir, c’est des émotions sans pareilles, ça ne s’oublie pas ! Et n’oublions pas les Jeux olympiques de Paris ! Participer aux JO, c’est le rêve de tout athlète.
Quels sont vos objectifs pour les JO de Paris ?
Déjà, représenter comme il se doit mon pays en donnant tout ce que j’ai et, pourquoi pas, atteindre le podium.
Vous avez une idole ?
Franchement, pour moi, quelle que soit la personne, que je la connaisse ou non, si je peux apprendre d’elle, de ses expériences, sa persévérance, sa volonté, surtout les gens qui n’abandonnent jamais.
Qu’avez-vous appris de vos voyages à l’étranger ?
De nouvelles cultures, c’est vraiment un apprentissage ! Tu rencontres de nouvelles personnes, tu découvres de nouvelles langues et tu te forges une certaine culture générale.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui veulent se lancer dans le sport ?
La discipline, le sérieux, organiser son temps, surtout pour ceux qui font des études. Un bon sommeil, une bonne récupération, l’hygiène de vie, ne pas manger n’importe quoi, et surtout ne jamais baisser les bras.
Êtes-vous tentée par une expérience à l’international ?
Représenter mon pays à l’étranger, c’est déjà grandiose ! Par contre, ensuite, j’aimerais bien entamer une carrière d’entraîneure.
Vous envisagez donc de devenir entraîneure un jour ?
Oui, bien sûr. Comme je vous disais, je suis conseillère en sport, j’ai fait cinq (5) ans d’études. Et puis, mon objectif inch’Allah, c’est de transmettre toute mon expérience et mon savoir aux jeunes, notamment les filles. Mais actuellement, mon ultime objectif, c’est de remporter une médaille à Paris !
On aimerait connaître votre regard sur les médias d’une manière générale, et en particulier la presse sportive…
La presse sportive doit suivre et encourager nos athlètes, quels que soient leurs résultats, c’est elle qui porte nos voix. En Algérie, il n’y a pas que le football. Nous avons beaucoup de champions dont le parcours n’attend que d’être mis en lumière, ils le méritent vraiment. Suivre leurs parcours, ce qu’ils endurent…
Un message particulier à transmettre ?
Je voudrais tout d’abord remercier le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, pour l’intérêt qu’il porte aux athlètes, ainsi que le ministère de la Jeunesse et des Sports. Sans oublier ma famille et tous ceux et celles qui m’ont aidée durant tout mon parcours, et surtout, mon entraîneur Brahim Makhlouf, qui est pour moi comme un père. Il a toujours été là dans les moments difficiles. Je voulais également remercier le journal Info Sport pour cette invitation à m’exprimer sur mon parcours sportif. Merci de vous intéresser à toutes les disciplines sportives. Je salue aussi votre travail qui est très professionnel.
N. S.
