Cela fait onze ans que Mohamed Yazid Djema est animateur télé. Il a fait plusieurs coupes d’Afrique, plusieurs Coupes du monde. En 11 ans d’expérience, il fait déjà preuve d‘une grande maturité et semble avoir beaucoup à nous apprendre. Dans cet entretien, l’animateur d’El Bilad TV partage avec nous son regard sur plusieurs sujets d’actualité. L’homme est serein, sage, il sait très bien où il va. Yazid est un des plus brillants animateurs télé du pays. Son sourire illustre bien la profondeur d’âme de ce garçon qui aurait bien pu être footballeur professionnel. Très à l’aise en face de la caméra, il impose aux téléspectateurs une image qui sublime. Yazid, on le voit un jour, on a tout de suite envie de le revoir le lendemain.
Entretien réalisé par Nasser Souidi
Commençons par un hommage à notre frère Djamel, qui vient de nous quitter, Allah Yarahmou…
Triste et ému. Djamel, Allah yarahmou, était un gentleman. Un grand joueur, comme le disait son ami Fergani. J’ai eu l’honneur de l’accueillir à plusieurs reprises dans mes émissions. Même après avoir boycotté les plateaux télé, il venait chez moi, et répondait à toutes mes questions, avec franchise et respect. Proche de lui, parce que son frère Salim, c’était mon ancien entraîneur, on le savait ces derniers temps fatigué, prêt à affronter sa maladie. Mais Allah en a décidé autrement. Djamel, un homme droit, détestait les critiques envers les anciens. Je retiens surtout son passage à l’USMA, en tant que joueur et entraîneur. Issu d’une bonne famille, bien éduqué, il était un modèle pour les anciens joueurs, un maestro sur le terrain. Allah Yarahmou. En voyant Fergani, Yahi et les autres, comment ils pleuraient à son enterrement, j’ai compris que pour eux, c’était plus qu’un simple camarade, ou un ex-international. J’ai compris tout de suite que c’était un grand homme. Un brave homme.
L’Algérie revient du Botswana avec les trois points. Vos impressions…
Hamdoullah, on retrouve la première place, malgré des conditions difficiles. Les joueurs, dont Amoura, Gouiri et même Belaïli avec une passe décisive, ont tout donné. L’équipe nationale a fait le plein contre le Botswana et doit maintenant confirmer face au Mozambique, un match crucial pour consolider notre leadership. Après une victoire à l’extérieur, il faut s’imposer à domicile pour creuser l’écart à trois points. Ce mardi, inch’Allah, le stade de Tizi Ouzou, un bijou, vibrera pour une victoire qui nous rapprochera encore plus de notre objectif. L’Algérie doit gagner et s’affirmer en tête. Je voulais quand-même souligner quelque chose.
Allez-y…
Notre équipe, en tant que nation musulmane, joue à 14h pendant le Ramadan, tandis que d’autres nations jouent au moins à 17h. Les équipes que nous affrontons savent cela et choisissent cet horaire en milieu d’après-midi. La CAF aurait bien pu faire quelque chose dans ce registre-là afin de respecter les nations dont les joueurs sont de confession musulmane et observent le jeun, c’est une question de respect. Le Botswana a utilisé une stratégie légitime, c’est de bonne guerre, j’allais dire. C’est ce qu’on faisait nous en faisant jouer nos adversaires en hiver à 22h. Mais le Ramadan mérite une attention particulière, à mon sens.
Comment expliquez-vous les difficultés rencontrées par les clubs algériens en compétitions africaines ces dernières années ?
En Afrique, les clubs algériens, contrairement à l’Égypte comme Ahly ou Zamalek, ou la Tunisie comme l’Esperance et l’Étoile, ne jouent pas toujours les compétitions internationales. L’USMA se démarque avec des parcours solides, tandis que le CRB, malgré cinq participations consécutives et des moyens importants, n’a pas dépassé les quarts. Le Mouloudia, champion en titre, performe bien cette année mais manque de stabilité, recrutant trop chaque année, comme le CRB. Actuellement, l’USMA, le CSC et le Mouloudia sont bien placés en Ligue des champions, mais en Coupe de la Confédération, deux clubs algériens s’affrontent en quarts, assurant une demi-finale pour un club algérien, tout en éliminant l’autre représentant. Pour gagner en Afrique, la stabilité est cruciale. Des clubs comme Al Ahly, l’Espérance de Tunis ou le Zamalek gardent les mêmes dirigeants depuis des années, misant sur des joueurs confirmés. En Algérie, des clubs comme l’USMA, la JSK ou le CRB sont d’une instabilité chronique, recrutant souvent des amateurs via des analyses vidéo peu fiables. Une gestion stable et détaillée est essentielle pour réussir.
Je ne comprends pas pourquoi des clubs n’envoient pas de recruteurs dans des pays comme le Cameroun, la Côte d’Ivoire ou le Sénégal pour repérer les talents. Cela coûte peu, entre 400 000 à 1 million de dinars, d’envoyer quelqu’un sur place pour observer un joueur, avec et sans ballon, plutôt que de se fier uniquement à des vidéos. Investir cette somme est bien plus judicieux que de risquer de perdre des millions en salaires pour un joueur qui pourrait décevoir.
Quel club algérien vous a le plus impressionné cette saison ?
Le Mouloudia domine le championnat avec une équipe solide. Le Paradou, grâce à des jeunes talents comme Kaassis, Boulbina et Soukkou, encadrés par Yettou et guidés par Dziri Billel et Haddou Moulay, montre un grand potentiel. Billel a insufflé sa mentalité de gagneur à ses joueurs. À Chlef, Samir Zaoui mérite aussi des éloges pour le jeu offensif de son équipe. Après un début difficile, le Paradou a enchaîné de bons résultats sous Dziri, mais le Mouloudia reste le favori cette saison.
Quels sont les joueurs algériens, selon vous, qui incarnent le mieux l’avenir du football national ?
Je pense directement à Gouiri. J’allais dire Aouar, mais je ne sais pas s’il a fait un choix en allant vers l’Arabie Saoudite. Je vais dire Maza. Et Boulbina, j’ai des infos comme quoi il a écarté une offre de deux millions de dollars pour le Zamalek. Je pense que s’il va en Europe et qu’il continue sur le même niveau, il aura son mot à dire dans l’avenir en équipe nationale. Il y a aussi Amoura et Chaïbi, qui vont briller inch’Allah avec l’équipe nationale.
Quel est le plus grand défi d’être animateur télé aujourd’hui ?
Le plus grand défi pour un animateur est de considérer le journalisme comme un métier, et non comme une mission. Un métier peut durer toute une vie, tandis qu’une mission a une fin. Il faut respecter ce métier, de manière professionnelle, sans préjugés ni subjectivité. Comme éviter de détruire ou de glorifier injustement une équipe ou une personne.
Avez-vous une routine ou des rituels avant de monter sur le plateau ?
L’animation fait partie de ma vie, donc. Même quand je suis stressé, même si je suis perturbé, même si j’ai des problèmes, quand la caméra tourne, j’oublie tout. Vraiment j’oublie tout. Même si je suis fatigué et vraiment pas au top, quand ça tourne, je deviens une autre personne.
Comment gérez-vous les imprévus en direct ?
Écoutez, c’est très difficile. On a déjà eu des problèmes où un invité, vraiment à la dernière minute, nous informe qu’il ne viendra pas. Donc on a été obligé de trouver une autre personne qui correspondait, mais sans vraiment qu’il ressente qu’il joue le rôle de remplaçant. Être un journaliste, c’est vraiment être un psychologue avec ses invités.
Avez-vous déjà eu un invité qui vous a vraiment marqué ?
C’était Fodil Dob, Capsula. Il s’est mis à pleurer, et choqué, j’ai dû choisir : détendre l’atmosphère ou pleurer avec lui. J’ai réussi à le calmer. Cette émission m’a marqué, comme mes interviews avec Mohand Cherif Hannachi, Allah yarahmou, et Saïd Allik. Parmi les entraîneurs, Courbis et Hervé Renard m’ont aussi impressionné. Et j’ai eu l’honneur d’interviewer Johan Cruyff, un moment inoubliable.
Quel est selon vous le secret pour rester pertinent et apprécié dans ce métier ?
Être un fils de bonne famille, ça veut dire avoir des valeurs ; des valeurs respectables. Être soi-même et respecter les gens. Je pense que le respect est le plus important.
Y a-t-il un type d’émission ou de projet que vous rêvez d’animer ?
Je viens de commencer « la Remontada oua aliha leklam », c’est un concept qui marche bien pour l’instant. Ramener les anciens et remonter l’histoire de nos champions. J’ai toujours désiré faire ça. Mon rêve c’est de produire une émission dans le football, qui va cartonner incha’Allah.
Si vous n’étiez pas animateur, quel métier auriez-vous choisi ?
Footballeur.
Y a-t-il une personnalité que vous rêvez d’interviewer ?
Florentino Pérez
Avez-vous déjà eu un fou rire incontrôlable en direct ?
Oui, oui, plusieurs fois. Surtout à mes débuts. C’était avec Djalel Yaïche, que je salue au passage.
Avez-vous des ambitions en dehors de la télévision ?
Mon souhait et mon rêve, c’est d’éduquer mes deux petites filles de la meilleure des manières.
N. S.
« Djamel Menad, un gentlemen, droit, franc et fils de bonne famille. Un maestro sur le terrain »
« Il est étrange que la CAF nous ait fait jouer à 14h en plein Ramadan »
« Pour gagner en Afrique, la stabilité est cruciale »
« Tu ne peux pas recruter un joueur sur un simple visionnage vidéo »
« Le Mouloudia domine le championnat avec une équipe solide »
