21 septembre 2026

El Hadi Larbi : « Seul un Algérien peut réussir avec les Verts »

Ancien gardien international et entraîneur-éducateur, El Hadi Larbi, aujourd’hui consultant pour la télévision algérienne, livre sans détour son analyse sur la nomination de Brahim Hemdani à la tête des Verts, les défis qui l’attendent, ainsi que ses attentes envers la presse et le championnat national. 

Entretien réalisé par Hamid Si-Ahmed

🔸La nomination de Brahim Hemdani à la tête de la sélection nationale a créé une certaine appréhension chez le public algérien. Cette inquiétude vous semble-t-elle justifiée ?

Je comprends parfaitement les exigences du public, et cette inquiétude est tout à fait légitime. Les supporters algériens ont soif de victoires, ils ont été tellement déçus, ces dernières années, qu’ils ont le droit d’être méfiants. Mais que voulez-vous ? C’est un choix assumé par les responsables, et il faut faire avec. L’équipe nationale doit, au minimum, atteindre le dernier carré de toutes les échéances à venir. C’est le standard que nous devons exiger, et c’est ce que nous souhaitons sincèrement au nouveau staff. Hemdani a lui-même déclaré qu’il était le premier responsable de ce projet, et il n’a choisi qu’un seul adjoint en la personne d’Antar Yahia. Cela dit, permettez-moi de poser une question : Antar Yahia a-t-il réellement l’expérience nécessaire pour occuper un tel poste ? Maintenant, nous avons aujourd’hui des jeunes talentueux qui pourront, inch’Allah, donner un nouveau souffle à l’équipe nationale. Il faut leur faire confiance, tout en restant vigilants.

🔸Vous évoquez justement les responsabilités de Hemdani. Prendre les rênes de la sélection nationale reste néanmoins un immense défi. Pensez-vous qu’il a les épaules pour le relever ?

Écoutez, je vais vous répondre avec franchise et conviction. Seul un Algérien peut réussir avec notre équipe nationale. L’histoire nous l’a démontré à maintes reprises. Regardez Kermali, Allah yarahmou, qui nous a ramenés la Coupe d’Afrique en 1990. Regardez Belmadi, qui a réalisé l’exploit en 2019 en Egypte. À chaque fois, c’est un enfant du pays qui a su transcender ce groupe. Hemdani est un Algérien, il connaît la mentalité, il connaît la pression, il connaît l’attente du peuple. Un sélectionneur étranger n’a pas cet amour pour la patrie. Il ne ressent pas la même responsabilité, le même sens du devoir, cette brûlure intérieure qui te pousse à tout donner pour ton pays. Petkovic savait-il, au moins, que des millions d’Algériens sont morts pour cette patrie ? Connaît-il seulement Larbi Ben M’Hidi, Amirouche, Abane Ramdane et Ben Boulaid ? Ces noms, c’est notre histoire, notre chair, notre sang. Un étranger ne peut pas ressentir cela. Mais que voulez-vous ? Parfois, même quand tu es compétent, on préférera un étranger à toi. C’est une réalité que nous devons combattre.

🔸Le fait d’avoir opté pour un staff entièrement algérien, avec Hemdani et Yahia, constitue donc, selon vous, un signe positif pour l’avenir des Verts ?

Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est le staff parfait, loin de là. Il y a des interrogations légitimes, notamment sur l’expérience de certains. Mais on doit leur accorder le bénéfice du doute et les soutenir sans réserve, du moins au début. C’est la moindre des choses. Maintenant, tout dépendra des résultats. Le football, c’est le terrain qui parle. Le jour où il sera évident, aux yeux de tous, que ce ne sont pas les hommes qu’il faut à la tête de cette équipe, ce jour-là, nous aurons le droit d’exiger leur départ. Mais pas avant. Laissons-les travailler, laissons-les installer leurs idées, leur philosophie de jeu. On verra bien par la suite. Il ne faut pas non plus tomber dans la culture de l’instant, du résultat immédiat. Un projet, ça se construit dans la durée.

🔸Vous qui connaissez bien le football algérien, comment expliquez-vous cette passion, ce rapport si particulier que les Algériens entretiennent avec le ballon rond ?

C’est ce que j’ai toujours affirmé, et je le répète avec fierté. L’Algérie est un pays de football. Aux quatre coins du pays, du nord au sud, de l’est à l’ouest, même un enfant peut parler football avec toi. Tu t’arrêtes dans un village reculé, tu trouves des gamins qui connaissent les joueurs, les tactiques, les résultats. Les Algériens sont doués, ils ont ce don inné, cette intelligence de jeu. C’est dans notre ADN. Mais ce n’est pas seulement une question de talent individuel. C’est aussi une question d’amour, de passion. 

🔸Lors de la dernière Coupe du monde, nous avons vu des sélections africaines robustes et performantes, à l’image du Sénégal ou du Nigeria. Cela rend-il la tâche des Verts en Coupe d’Afrique d’autant plus difficile ?

C’est une évidence. Le football africain a énormément progressé. Les sélections que vous citez ont démontré une organisation, une rigueur et une qualité technique remarquables. Le Sénégal a gagné la CAN, le Nigeria est toujours là. Mais nous aussi, nous avons des joueurs talentueux qui évoluent en Europe, formés par des techniciens de niveau mondial. Nous avons les moyens, nous avons le potentiel. Le problème, c’est que nous n’avons pas su capitaliser sur nos forces. Dommage que Petkovic soit venu et ait tout chamboulé. Ce qui l’intéressait, visiblement, ce n’était pas le projet sportif, c’était l’argent. 

🔸Avec le recul, quelle est votre analyse sur la déroute des Verts, durant le Mondial 2026 ?

Il n’y a qu’un seul fautif, c’est Petkovic. Ni les joueurs, ni personne d’autre. Les joueurs, ils ont donné ce qu’ils pouvaient, ils ont essayé de suivre les consignes. Mais quand les consignes sont absurdes, comment veux-tu réussir ? Jouer contre la Suisse sans avant-centre, c’est incompréhensible, c’est du suicide footballistique. Maza n’a jamais évolué en pointe de sa vie, et tu le fais jouer à ce poste ? Petkovic a commis des erreurs tactiques graves, il n’a pas su motiver ses troupes. C’est lui le seul responsable de cette débâcle.

🔸Qu’attendez-vous de la presse sportive durant cette période de reconstruction de l’équipe nationale ?

C’est une question essentielle. Que peut apporter un sélectionneur de plus, si ce n’est son schéma tactique ? Tous ses joueurs sont déjà formés dans de grands clubs, ils ont l’expérience du haut niveau. Le rôle du sélectionneur, c’est de les mettre dans les meilleures conditions, de créer une cohésion, une alchimie. Pour revenir à votre question, les journalistes ont beaucoup à nous apprendre, ils ont un rôle crucial. Ce que je leur demande, c’est de ne pas détruire notre équipe nationale. Chaque journaliste a ses propres idées, ses propres critiques, c’est normal. Mais certains s’emportent un peu, avec des critiques parfois très dures, parfois injustes, envers les joueurs et les entraîneurs. Comme je le disais, il ne faut pas brusquer les choses, allons-y en douceur avec notre équipe nationale. La presse doit jouer son rôle de sentinelle, mais avec responsabilité et mesure.

🔸Avant de nous quitter, un dernier mot sur le championnat national ?

On espère qu’il s’améliore, qu’il sorte enfin de terre. Qu’on puisse revoir le championnat des grands jours, avec du spectacle, du beau jeu, des stades pleins. Le niveau a vraiment baissé durant ces dix dernières années. C’est triste à dire, mais c’est la réalité. Il faut investir dans la formation, dans les infrastructures, dans les clubs. Il faut redonner de l’espoir aux jeunes. Le championnat, c’est la base de tout. Si le championnat est fort, l’équipe nationale sera forte. C’est aussi simple que cela.

H. S-A.

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