25 mai 2026

Guendouz : « On a abandonné les gens honnêtes et compétents »

Mahmoud Guendouz, ancien défenseur central et capitaine du NAHD et de l’équipe nationale, a marqué l’histoire du football algérien avec 74 sélections et deux Coupes du monde (1982, 1986). Après sa carrière de joueur, il a entraîné plusieurs clubs, dont le FC Martigues en France et le Nejma SC au Liban, avant de devenir directeur sportif en Arabie Saoudite. Dans cet entretien, il partage son avis sur la situation actuelle du football algérien et les priorités pour son avenir. Il aborde également le rôle crucial des entraîneurs dans cette dynamique et l’importance d’adapter les pratiques aux exigences du football moderne. Guendouz est cash. Sans filtre aucun, le rugueux défenseur qu’il était reste droit dans ses bottes. Cohérent, lucide, il fait un état des lieux sans concession. L’homme parle avec une profonde conviction.

Entretien réalisé par Nasser Souidi

Qu’est-il arrivé à notre football ?

La dilapidation à grande échelle de l’argent public. Entraîneur, président de club, émigrés, pour soi-disant l’amour du pays. Celui qui veut se faire un nom dans le football, pour ensuite décrocher un poste à l’étranger, comme dans les pays du Golfe, n’a qu’à venir en Algérie. Nous avons recruté des entraîneurs d’inter-quartiers en France. Personne ne contrôle ces personnes-là ?  Maintenant, il y a Internet, on ne contrôle pas les CV de ces personnes ? Même ceux qui ont la double nationalité, on les recrute en Algérie, sans prendre la peine de vérifier si oui ou non ces derniers ont les réelles compétences pour entraîner dans notre pays.

L’Algérie possède de bons entraîneurs, vous partagez cet avis ?

Où sont les entraîneurs compétents ? Un entraîneur qui change de club chaque saison peut-il être considéré comme un vrai entraîneur ? Si un président avoue que le trucage des matchs existe, pourquoi ne cite-t-il pas les entraîneurs complices ? Pour défendre notre pays, il faut des gens honnêtes et compétents, pas motivés par l’argent. En France, on se fait un nom par le talent, pas par des combines. Les équipes africaines doivent beaucoup à la France, qui forme la plupart des joueurs. Si l’Algérie brille, c’est grâce à des joueurs formés ailleurs. Quand l’équipe nationale était 15e au classement FIFA, c’était grâce aux joueurs étrangers, pas aux locaux. La Coupe du monde est une vitrine où chaque pays est censé présenter son produit local.

Même les infrastructures, les centres de formation et les stades continuent de faire débat, n’est-ce pas ?

Au Mondial 1982, combien y avait-il de joueurs locaux en équipe nationale ? La grande majorité, alors qu’il n’y avait ni stade ni argent. Aujourd’hui, les centres de formation sont devenus du business, pas pour l’intérêt du pays, mais pour des intérêts personnels. Aujourd’hui, le football, c’est l’informel. Et tout le monde en profite, pourquoi ? Parce qu’il y a absence de l’Etat. L’Etat a abandonné les gens honnêtes et compétents. Au contraire, on nous diabolise.

Quelle solution proposez-vous ?

La solution dépend des autorités. Est-il normal qu’un président de club affirme publiquement que des matchs sont achetés en indiquant même les prix, défiant ainsi la République ? Que font les procureurs ? L’image du pays est en jeu, alors que l’État finance ces personnes qui ternissent notre football. Nos Martyrs sont morts pour protéger l’honneur du pays, pas pour que ce genre de magouilles salissent notre sport. L’amour du pays, c’est le travail. 70 % de nos entraîneurs ne sont pas qualifiés. Si un président affirme que tout le monde est impliqué, cela inclut-il les entraîneurs ? La solution est entre les mains de l’État, pas du ministère ni de la fédération.

Donc il ne s’agit pas uniquement de compétences, mais de moralité…

Quelqu’un d’instruit et compétent, mais qui n’est pas intègre et honnête, je n’en ai que faire.

Beaucoup d’équipes africaines nous ont devancés…

En Algérie, nous avons le Paradou, mais est-ce vraiment un centre de formation ? Les centres de formations, ce n’est pas de la rigolade. C’est la DTN qui doit imposer aux clubs d’avoir des centres de formation. Si tu n’as pas de centre de formation, et aux normes internationales, tu ne peux pas jouer en Ligue 1.

La vérité blesse, comme on dit…

Aujourd’hui, dire la vérité dans le football mène à la diabolisation. L’État protège les malhonnêtes au lieu des compétents. Et pourquoi l’État achète-t-il des clubs ? À l’étranger, un joueur acheté 20 millions est revendu à 40 millions. Ici, on fait jouer des joueurs de 38 ans qui ont déjà profité de leur statut. Pourquoi dépenser pour eux ? Il serait plus louable de miser sur des jeunes. On a besoin de jeunes qui puissent apporter un plus. Comme le recrutement de l’avant-centre du Mouloudia, Delort. Qui décide dans notre football ?

Qui décide, selon vous ?

Vous savez qui décide ? Eh bien c’est la rue… Je vous donne un petit exemple. Le wali d’Oran, la saison dernière, il avait certes la responsabilité du Tout Oran, mais pas que la responsabilité du MCO. Il ne devait pas aller au stade en tant que wali, mais en tant que supporter, avec ses enfants, pas pour influencer quoi que ce soit. Mais au point de déclarer que le MCO ne tombera pas, et faire des tours d’honneur dans le stade, c’est quoi tout ce cinéma ? Où est passé l’Etat ? C’est un folklore. Donc aujourd’hui, tout le monde profite, tout le monde trouve le moyen de profiter.

C’est ce qu’on appelle confondre politique et sport…

Il y a une complicité venant d’en haut. Prenons l’exemple de l’ex-entraîneur du MCA : quel est son passé footballistique ? A-t-il entraîné de grands clubs ? Le populisme, les prières dans le stade, c’était du cinéma. Vous pensez que je vais entraîner dans ces conditions ? Mes enfants m’ont déconseillé. Dans un match crucial, la famille ressent une pression, car une défaite rend l’atmosphère négative, tandis qu’une victoire apporte des félicitations. Et si le match était truqué, comment cet entraîneur pourrait-il se regarder dans une glace ?

C’est une question de conscience, donc…

C’est mon pays, et je ne vais pas détruire notre football. J’ai servi sans contrepartie et joué en équipe nationale pendant dix ans sans rien percevoir, par amour pour mon pays. C’est grâce à l’équipe nationale que je me suis fait un nom. Je suis le seul Arabe à avoir travaillé en Ligue 2 en France et j’ai participé à deux Coupes du monde, quatre Coupes d’Afrique et deux JO. Pourtant, l’équipe nationale a été confiée à un entraîneur de cinquième division. Il devrait y avoir un comité compétent, mais on nous écarte. L’entraîneur actuel du MCO, l’ex sélectionneur du Mali, c’était mon joueur en France. Il a déclaré un jour que j’étais son modèle. En France, je suis mieux considéré que dans mon propre pays.

Que faites-vous actuellement en Arabie Saoudite ?

Mes amis en Arabie Saoudite ont insisté pour que j’aille travailler avec eux. Je suis actuellement directeur technique d’El Khouber. Un club qui était en première division, mais qui s‘est retrouvé en quatrième division. Le club a été racheté et son propriétaire m’a sollicité pour restructurer les catégories jeunes. Les 15, 16, 17 et les 18 ans. J’ai accepté, ce sont de braves gens, il faut le reconnaître. 

Vous voulez dire que l’on veut du mal à notre football et qu’on veut le détruire ?

De quel droit Sonelgaz a essuyé les dettes de l’ESS ? Et sans demander des comptes ? Ça fait vingt-cinq ans que la télévision publique ne m’a jamais appelé ? Pourquoi ? Parce que je suis quelqu’un de propre qui n’a rien à se reprocher. Mais les présidents qui avouent avoir truqué des matches, on les recherche. Quand tu défends ton pays et que tu dis la vérité, tu n’es pas une bonne personne.

Quel est votre message ?

Respectez les Chouhada et concentrez-vous sur votre travail. Quel est le bilan olympique de l’Algérie ? Où Kaylia Nemour a-t-elle été formée ? Le sport en Algérie stagne, avec une stratégie de financement des clubs sans soutenir les joueurs locaux, et l’appel aux étrangers pour l’équipe nationale. Si les décideurs n’ont pas de solutions, nous en avons. Je suis parti par injustice, pas par besoin. Les médias me cherchent pour faire le buzz, pas pour moi. Lors des défaites, on parle toujours de complots. Il est temps de passer à l’action et d’investir dans la formation, avec une équipe nationale composée à 95% de locaux.

N. S. 

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