Alors que le Nasria traverse l’une des périodes les plus sombres de sa glorieuse histoire, l’hommage rendu ce samedi à Amar Boudissa, figure tutélaire et père spirituel de la formation au club, s’est transformé en un véritable événement politique et social pour la communauté sang et or. Plus qu’une simple commémoration, ces retrouvailles sonnent comme l’heure du grand pardon et, peut-être, d’un nouveau départ.
Par Omar Yahiaoui
Le programme de samedi est pourtant académique et sportif : une conférence-débat matinale au Centre culturel d’Hussein-Dey pour raviver la mémoire collective, suivie de deux matchs galas sur la pelouse mythique du stade Zioui. Mais l’essentiel était ailleurs. En célébrant l’héritage d’Amar Boudissa – l’homme qui a façonné des générations de talents et donné au NAHD son identité de « club formateur » par excellence – les organisateurs ont activé un puissant levier émotionnel.
Depuis de trop longues années, le Nasria se conjuguait au passé composé, déchiré par des guerres d’ego, des luttes d’influence intestines et des fractures profondes entre ses différentes composantes, dirigeants actuels, anciens d’opposition et figures historiques. Ce week-end, le miracle de la nostalgie a opéré. Les barrières sont tombées, et la grande famille du NAHD s’est enfin rassemblée autour d’une table commune, reléguant les rancœurs au vestiaire.
Le « Miracle Boudissa » : Des larmes aux poignées de mains
L’image est forte et fera certainement date dans les annales du club. Lors des préparatifs de cet hommage,des personnalités influentes, des anciens dirigeants et des figures emblématiques du club, qui ne se parlaient plus depuis des années – s’évitant soigneusement lors des rares apparitions publiques – se sont croisés, serré la main, et parfois même tombés dans les bras l’un de l’autre.
« Si le NAHD a pu s’effondrer, c’est parce que ses enfants se sont dispersés. Voir tout le monde réuni aujourd’hui sous la mémoire de Boudissa prouve que l’âme de ce club n’est pas morte », confiait un ancien joueur, visiblement ému.
Ce « pape de la formation » qu’était Amar Boudissa a réussi, son plus beau schéma tactique : recréer l’union sacrée là où le chaos s’était installé. Ces scènes de réconciliation ne sont pas passées inaperçues et envoient un signal fort à toute la communauté : le Nasria est prêt pour un nouveau départ thérapeutique.
L’appel du pied des figures influentes pour un redressement urgent
Ce climat de décrispation générale a immédiatement libéré la parole et les ambitions positives. Car il y a urgence. Le NAHD vient de toucher le fond en s’enlisant dans l’antichambre de l’élite, s’apprêtant à disputer sa cinquième saison consécutive en Ligue 2, un purgatoire indigne du statut d’un club qui a fourni tant de cadres àl’équipe nationale algérienne. Touchées par la ferveur de cette commémoration, plusieurs personnalités financières et sportives très influentes, qui s’étaient volontairement mises en retrait ces dernières années pour ne pas s’embourber dans les conflits internes, sont sorties de leur mutisme. Elles se sont dites prêtes à s’investir concrètement, à injecter des ressources et à structurer un projet de sauvetage pour aider le club à se redresser et à retrouver la place qui est la sienne : la Ligue 1.
Cela a agi comme une thérapie de groupe salutaire. Reste maintenant à savoir si cette dynamique de paix et ces promesses d’investissement survivront aux réalités des prochains jours de coulisses.
O.Y.
